Les Églises méthodistes du Havre – 3

Une parenthèse se ferme ?

     Les Églises méthodistes du Havre sont durablement impactées par l’ouverture du poste de l’Armée du Salut dans la ville en 1894. Méthodistes et Salutistes partagent l’essentiel de leur doctrine, et le dynamisme de l’Armée du Salut est considérable dans la ville, au point de marginaliser quelque peu le témoignage des communautés wesleyennes.

     Il me semble logique de faire une corrélation entre la stagnation et le déclin des salles méthodistes et l’essor du poste de l’Armée du Salut. Les responsables wesleyens sont des dirigeants très pragmatiques, d’autant que leur financement est structurellement mal assuré en France. Ils adaptent sans cesse leur dispositif local aux ressources disponibles.

     A dater de l’été 1911, le tableau officiel des Églises méthodiste ne mentionne plus de pasteur salarié sur place, l’ensemble havrais étant placé sous la « surintendance » du pasteur du circuit de Honfleur, Ph. G. Adair. Dans les faits, c’est probablement Matthieu Lelièvre lui-même qui coordonne la société méthodiste locale. Le vieux leader, désormais retraité, s’est retiré à Sainte-Adresse, d’où il continue à rédiger le journal l’Évangéliste jusqu’à sa mort, en 1930.

 

escalier Montmorency

Un des escaliers du Havre : Montmorency

   La Semaine Religieuse de Genève annonce en novembre 1912 l’inauguration d’une nouvelle chapelle méthodiste au Havre. L’adresse mentionnée, 55 rue Thiers, évoque plutôt une réfection et un nouvel aménagement de l’ancien local. Mais c’est aussi l’occasion d’annoncer que Charles Lelièvre, le fils de Matthieu, est devenu pasteur de l’Église réformée de la ville. Il participe de façon active à la cérémonie de consécration du lieu de culte1.

    Les comptes rendus méthodistes relatent régulièrement, désormais, les actions coordonnées des Lelièvre, père et fils. Cette collaboration est célébrée par le journal La Semaine Religieuse de Genève : « Quand, du haut de la rue escarpée, M. Matthieu Lelièvre et son fils descendent le dimanche matin, l’un vers la chapelle méthodiste, l’autre vers l’église réformée, ils pourraient, à la rigueur, se tromper de route et faire échange de chaire, ils ne se trouveraient dépaysés, ni l’un ni l’autre2... ».

    Il semble de plus en plus évident qu’une réunification est en projet. Il faudra pourtant attendre une génération pour qu’elle se concrétise définitivement. Le coup final est porté par la négociation de 1938 qui incorpore une majorité des communautés méthodistes du pays dans la nouvelle Église Réformée de France. Cela ne posera pas débat au Havre, d’autant que les Évangéliques les plus déterminés pouvaient se rattacher alors à de nouveaux réseaux, comme les Églises baptistes et pentecôtistes de l’agglomération. Les soucis d’un lourd conflit accélèrent ensuite les reclassements…

Jean-Yves Carluer.

1 La Semaine Religieuse de Genève, 9 novembre 1912.

2Idem, p. 45.

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