Aux origines de la Mission Populaire (2)

La première réunion de la Mission Populaire à Belleville

Robert et Elisabeth Mac All prennent congé de leur Église de Hadleigh dont les membres, malgré le chagrin que ce départ leur causait, donnèrent finalement leur approbation. M. et Mme Mac All se préparèrent à passer, comme ils disaient, leur Rubicon, c’est-à-dire à se fixer à-Paris.

Ils arrivèrent le 17 novembre 1871, attendus et salués par quelques amis, dont Mlle de Broën, une Hollandaise qui avait elle-même commencé à Belleville une œuvre d’évangélisation et de philanthropie. L’appartement qu’ils louèrent, perché sur les Buttes-Chaumont, au N° 32 de la rue des Mignottes, leur plût en raison de la vue qui dominait et embrassait une grande partie de la grande ville.

Robert et Elizabeth Mac All (début des années 1880)

Pendant six semaines, M. Mac All alla diligemment en reconnaissance, entrant en communication avec les pasteurs des différentes Églises protestantes de Paris : MM. Georges Fisch, Edmond de Pressensé, Bersier, Théodore Monod. Lepoids, Robineau. Armand-Delille1, etc.

L’accueil de tous fut naturellement aussi bienveillant que fraternel. Même si l’on doutait d’une entreprise faite par un étranger sachant mal notre langue, au milieu d’un peuple sceptique, qui eût pu se dispenser de leur souhaiter la bienvenue et la bénédiction de Dieu ?

Chaque jour apportait à cet étranger une tâche nouvelle, assister à des conférences, à des réunions de prière, remplaçant à l’occasion un prédicateur absent, parcourant boulevards et rues pour trouver un local qui convint au but qu’il s’était proposé et, au milieu de toutes ces besognes, trouvant le temps de poursuive les études en langue française, abandonnées depuis trente ans.

Ce fut le 30 novembre 1871 qu’eût lieu le choix définitif de sa propre salle. C’était une boutique située rue Julien-Lacroix, à Belleville. Le prix de la location était de 200 francs pour trois mois.

Il fallut alors pourvoir à l’ameublement de la salle, faire bâtir une petite estrade, se pourvoir d’un harmonium pour accompagner les cantiques, faire emplette de chaises, de livres, faire imprimer des prospectus, aviser le commissaire de police du quartier, etc.

Les prospectus, ou « bulletins » de la première réunion étaient ainsi libellés ;

AUX OUVRIERS

Le 17 janvier 1872. — Rue Julien-Lacroix, 103, Belleville. «Ce soir, à 7 heures, on ouvrira une bibliothèque gratuite, composée de journaux illustrés, etc. Pendant la soirée, on chantera des cantiques et on lira des morceaux choisis. Des amis anglais feront à tous un bon accueil. »

La note suivante, de la main de M. Mac All donne ses impressions sur cette première soirée :

«  Ce fut d’une main tremblante que nous ouvrîmes nos portes. Au commencement, les gens parurent hésiter et passèrent outre. Malgré tout, cette première réunion compta quarante personnes. Nous fîmes la remarque que plusieurs d’entre elles étaient très bien habillées, comme si elles répondaient à une invitation personnelle.

C’est ensuite Mme Mac All qui reprend : Parmi les quarante personnes de notre première réunion se trouvaient douze amis dévoués. Il n’y eut pas de trouble, notre espoir s’en accrut. Le- commissaire de police, sympathique, fit acte de présence, ainsi que le pasteur Robin. Quels battements de coeur lorsque j’entendis la voix cordiale de M. Mac All !

Nous retournâmes à la maison fatigués, mais reconnaissants. Nous avions été jusqu’à douter de la possibilité d’avoir une réunion. La nuit précédente, notre découragement était à son comble. Nous n’avions pas trouvé le menuisier. L’imprimeur n’avait pas été exact à envoyer les cartes d’invitation, et mon cher père qui nous avait accompagnés à Paris, avait dû, malgré ses douleurs, descendre la rue du Caire pour les quérir à l’imprimerie… Agenouillés devant le feu mourant, angoissés devant la gravité de la situation, nous aurions pu, même alors, renoncer à notre entreprise, n’eût été la conviction où nous étions que c’était une œuvre qui valait la peine même qu’on y échouât.

« Or maintenant, par la grâce de Dieu, la première réunion est déjà un fait accompli. M. Mac All m’avait souvent dit qu’il estimait autant quarante personnes ainsi assemblées en France, que mille en Angleterre. »

L’Action Missionnaire, 1922, p. 361-362.

Jean-Yves Carluer

1Edmond de Pressensé et Georges Fisch étaient pasteurs des Églises libres, rue Taitbout à Paris et à Lyon, Eugène Bersier, d’origine libriste également, était le fondateur de l’Église réformée de l’Étoile où Théodore Monod est ensuite pasteur. Victor Lepoids est un pasteur baptiste. Son collègue Marc Robineau était à l’époque directeur de la Société Centrale Protestante d’Évangélisation. Isidore Armand-Delille se fit connaître comme fondateur d’une œuvre d’évangélisation dynamique à Paris, tout comme l’évangéliste Miss de Broen, pionnière de la prédication féminine, dans son ouvroir, Le bon foyer, à Belleville.

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