Edward Salwey : 30 années de diffusion biblique en France

Edward Salwey : Des vaisseaux de la Navy aux rues de France (2)

Suite de l’article : http://le-blog-de-jean-yves-carluer.fr/2013/07/08/edward-salwey-des-vaisseaux-de-la-navy-aux-rues-de-france-1/

     Le commodore Salwey, son épouse et sa fille, arrivèrent en France par une froide journée de janvier 1914. L’évangéliste prit contact avec Joseph Dutton, qui les attendait. Il visita diverses œuvres protestantes de l’est parisien : l’Armée du Salut, la Mission Populaire, la salle de réunion des Frères, rue Lafayette… Il lui fallait s’acclimater à un pays qu’il ne connaissait pas. Edward Salwey sortit peu après avec ses pancartes d’homme sandwich biblique, ce qui lui valut nombre d’interpellations : ses panneaux ne portaient pas l’estampille commerciale obligatoire et ne pouvaient d’ailleurs entrer dans aucune catégorie autorisée. Cet hiver-là, le commodore battit tous ses records de passage au poste de police : près de 20 fois ! Désarmés par ce britannique bonhomme qui ne parlait pas un mot de français, les pandores n’avaient d’autre solution que le relâcher. Edward Salwey ne garda pas une mauvaise opinion des forces de l’ordre françaises : « d’excellentes unités […] J’ai reçu d’eux, en maintes occasions, plus de considération que chez nous[1] ». La réflexion du commodore est intéressante, car elle situe la France laïque de 1914 à un des meilleurs niveaux mondiaux d’alors pour les libertés publiques, même religieuses. Mais ce qui afflige notre britannique, c’est de voir que la faible hostilité qu’il suscite à Paris est due fondamentalement à l’indifférence générale de la population.

   Edward Salwey entame bientôt un tour de France des grandes villes, en équipe avec Joseph Dutton et Henry Johnson. Nous reviendrons un jour sur cette campagne d’évangélisation.

Edward Salwey portant ses panneaux bibliques vers 1920

Edward Salwey vers 1920

    Les années suivantes, y compris au début de la guerre, le commodore adopte un rythme annuel alterné. Il passe les étés au Royaume Uni, où il renforce les équipes des Pilgrim preachers, et, plus tard, il entreprend des tournées de collectes pour la Scripture Gift Mission. Il revient en France l’hiver. Il perfectionne son français de 1920 à 1923 en collaborant avec Hélène Biolley, au Havre. Puis il s’installe avec sa famille à Paris où il aide Joseph Dutton, alors agent général de la Scripture Gift Mission en France.

     Lorsque son ami part évangéliser les Antilles, Edward Salwey lui succède dans ce poste jusqu’à la deuxième guerre mondiale. L’ancien commander est alors pris par des tâches administratives qui le mettent en contact avec les différents organismes d’évangélisation en France : Société centrale, Armée du Salut, Mission populaire, Églises baptistes, etc. Il soutient tout particulièrement les tournées automobiles de la Mission d’Aubagne des frères Arnéra, qu’il fournit abondamment en littérature biblique. Nous avons déjà parlé de son rôle de coordinateur des efforts d’implantation des Assemblées de Frères en France. Ruth Salwey décrit ainsi l’intérieur du logement de la rue Clavel, transformé en quartier général : « mon père avait épinglé une grande carte de France dans la salle à manger et un grand plan de métro dans le couloir, de façon à renseigner ses assistants sur les différents lieux parisiens et stimuler leur intérêt pour ce grand pays en notant les villes et les villages où la « Bonne Semence » devait être répandue[2] ». Edward Salwey poursuivait personnellement ses campagnes à Paris, mais se limitait à des époques et des lieux plus favorables : à la Toussaint, à Noël, sur les grands boulevards… De temps en temps, il avait à synchroniser des efforts plus officiels. Il organisa en 1930 une série de conférences de la célèbre suffragette Christabel Pankhurst devenue évangéliste après sa conversion. Trois ans plus tard, il accueillit à Paris Samuel Dickey (S. D.) Gordon. L’homme sandwich individualiste pouvait être coordinateur d’événements inter-évangéliques[3] !

 1940-1944 : un temps d’épreuves

     Les Salwey décidèrent de rester en France en 1939 et 1940, refusant même de partir quand la France fut envahie. Ils purent rester quelque temps tranquilles dans Paris occupé, mais furent internés à Besançon avec d’autres britanniques du 5 décembre 1940 au 7 mars 1941. Le commodore et les siens sont finalement libérés, et, le dimanche suivant, l’accueil que leur fait l’assemblée dirigée par Paul Bieler est semblable à « celle que vécut l’apôtre Pierre quand il revint alors qu’il aurait du être en prison ». Mais la situation de la famille Salwey reste très difficile : aucun subside ne peut leur venir d’Angleterre, ils sont âgés et sans ressources. Ils dépendent de l’Armée du Salut, et reçoivent, quand c’est possible, des aides de protestants cévenols ou d’amis suisses comme Alice Van Berchem[4].  Mais tout cela est insuffisant. Mary Salwey, affaiblie, s’éteint en mars 1943.

    Peu de temps après la libération de Paris, Edward Salwey et sa fille retournent en Angleterre, où le commodore reprend un peu de forces. Il entame même des tournées de conférences. Mais, au début de 1949, à 83 ans, Edward Salwey est frappé par un accident vasculaire cérébral auquel il survit. Il émet le vœu de passer ses derniers mois de vie à Paris. Le commander meurt le 2 mai 1949, à Paris, 4, rue Clavel. Ses obsèques sont à l’image d’une vie aux engagements multiples : un cercueil recouvert de l’Union jack, un attaché naval en grande tenue, des sonneries militaires, un service d’inhumation conduit par le pasteur Jean-Paul Benoit, directeur de la Société Centrale d’Évangélisation, devant les représentants du monde évangélique français, un au revoir dans l’intimité au cimetière, dirigé par Paul Bieler.

Jean-Yves Carluer


[1] Ruth Salwey, The Beloved Commander, Londres, Marshall, Morgan and Scott, 1962, p. 107.

[2] Idem, p. 161.

[3] « Quoi qu’il [Edward Salwey] fut très individualiste, il se montra toujours un collaborateur […] loyal,  heureux de  pleinement s’identifier avec la Scripture Gift Mission (SGM, Publishing Salvation, the story of the Scripture Gift Mission, London, 1961, p. 98).

[4] Alice Van Berchem, fondatrice de la branche romande de la Ligue pour la lecture de la Bible, que développera sa petite fille, Claire-Lise de Benoit. Son gendre, le pasteur Pierre de Benoit, est le fondateur de l’institut biblique Emmaüs à Vennes-sur-Lausanne.

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