Bernard Charles (1925-2013), « le colporteur », pasteur, historien et militant du Christianisme social

      Le 21 septembre 2013, un service d’action de grâces pour la vie et le ministère de Bernard Charles était célébré au temple de l’Église protestante unie d’Aix-en-Provence.

     Bernard Charles, né le 11 septembre 1925, décédé le 25 juillet 2013, a été très précocement confronté aux souffrances causées la dernière guerre et aux terribles questions sur l’humanité qui lui sont associées. Il en gardera la passion de la réconciliation et de la non-violence.

Myriam et Bernard Charles en 2010

Myriam et Bernard Charles en 2010

     Issu d’une famille bretonne d’origine catholique devenue anticléricale, il découvre l’Évangile au travers de Pascal et de débats passionnés avec un camarade de Lycée. Après un passage par le catholicisme, il continue à chercher une Église qui corresponde davantage à ce qu’il a cru discerner de l’Évangile. Il se tourne progressivement vers le protestantisme. Ses études de Lettres modernes terminées, Bernard Charles enseigne en Angleterre et en Normandie. Après avoir un temps côtoyé le pentecôtisme dans la région du Havre, il se  tourne vers la Mission Populaire. Il abandonne son métier d’enseignant pour des études de théologie dans les facultés de Paris et de Tübingen. Il est alors très marqué par la pensée de Karl Barth. Il devient pasteur de l’Église Réformée de France, détaché auprès des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (UCJG) de 1954 à 1985.

      Secrétaire régional des UCJG en Ile-de-France pendant 7 ans, le Mouvement lui confie ensuite la direction d’un foyer pour étudiants et jeunes travailleurs à Lyon-Villeurbanne. Il assurera en même temps pendant ces années l’animation et la formation des membres UCJG de la région Rhône-Alpes et les camps d’été au Chambon-sur-Lignon puis à Sanary-sur-Mer.

    En 1960, un vieux mas sur un grand terrain à Sanary-sur-Mer, près de Toulon, ayant été signalé à vendre, les UCJG décident de l’acquérir pour en faire un camp de vacances. Bernard Charles y est envoyé pour voir ce qu’il est possible d’y faire. Il constitue des équipes, trouve des partenariats et bâtit des programmes où se mêlent l’interculturel et l’interconfessionnel.

    Il parcourt l’Allemagne pour intéresser les Églises à ce projet pédagogique de découverte de soi et du monde, et obtient l’aide du Gustav-Adolf-Werk et de l’Église protestante du Palatinat qui enverra chaque année des groupes de jeunes participer à ces sessions.

    Après dix étés de camps internationaux de jeunes, sous tentes, le camp devient en 1970, un centre permanent, avec des bâtiments en dur : le Centre Azur. Le pasteur Bernard Charles en assurera encore pendant huit ans la direction avec son épouse Myriam et une équipe composée de quatre salariés et de jeunes volontaires allemands, américains, hollandais, africains, français… . Ouvert pendant toute l’année, le Centre accueille alors les classes d’un collège de Genève pour la découverte de la flore et de la faune méditerranéennes, des séjours de personnes venues d’hospices de la région parisienne, de jeunes handicapés physiques ou mentaux, afin de leur faire rencontrer d’autres jeunes, valides ou handicapés, venus d’autres pays. Viennent encore des familles ou des personnes seules, ou des associations avec leur propre projet, intéressées par ce cadre de vie communautaire.

    Appelé en 1978 à la coordination nationale des UCJG, Bernard Charles quitte le Centre Azur. Jusqu’à son départ en 1985, il a le souci de collecter et de commencer à classer les archives de l’institution, bénéficiant de l’aide d’historiens comme Jacques Poujol, Rémy Fabre ou Geneviève Poujol. Ces archives sont déposées aux Archives nationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire, près des Archives du Val-de-Marne, à Créteil.

      De 1985 à 1990, Bernard Charles est chargé de missions d’évangélisation dans plusieurs régions de l’Église réformée (Bretagne, Normandie, Picardie, Meuse…). S’y ajoute ensuite la Corse et quelques missions dans le Lubéron.

      Marqué par l’engagement à gauche de son père, il est aux côtés de ceux qui dénoncent la torture en Algérie et contribue à la plaquette Des rappelés témoignent. Engagé dans le Mouvement du Christianisme social, le pasteur Bernard Charles y côtoie, entre autres, Paul Ricoeur, Olivier Abel ou Pierre-Olivier Monteil. Il devient président du Mouvement du Christianisme social de 1989 à 1994.

      Bernard Charles coordonne, à partir de 1995, une commission de recherche historique sur les UCJG où il est assisté par son épouse Myriam et quelques unionistes : Charles Fournier, Michèle et Guy Lortal et Michèle Niclot. Ses travaux débouchent sur la publication d’un ouvrage : Les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens, UCJG-YMCA, 1855-1905, qui paraît aux éditions Olivétan en 2009. Ce livre, à la rencontre de la mémoire et de l’histoire, est un outil précieux pour tout chercheur sur les institutions du protestantisme consacrées à la jeunesse ou sur l’évolution contemporaine des oeuvres du Christianisme social en France. Il se confond, au fil des pages, avec le témoignage d’un acteur chaleureux et passionné qui se voulait « colporteur de la Bonne Nouvelle ».

    Ses proches lui ont consacré un site : charbenz.free.fr

 Jean-Yves Carluer

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