lanterne magique et tricycle d’évangélisation

1901 : le colporteur Huichard modernise l’évangélisation sur les marchés.

     L’évangéliste Huichard fils, de la Société Évangélique de Genève (SEG), était un colporteur à la pointe de la modernité de l’époque. Il avait suivi la foi et l’engagement de son père, lui même au service des Genevois en Charente-Maritime. Il utilisa dès ses débuts en Saône-et-Loire, fin 1898, les outils de communication les plus modernes. Il s’était doté d’une lanterne lumineuse pour projeter des images bibliques. Huichard demande en janvier 1899 au comité de la SEG des verres (pour l’appareil à projection) et surtout un tricycle, ce qui lui est refusé, faute de crédit[1]. En attendant, notre colporteur transportait son matériel sur sa bicyclette d’un marché à un autre. Arrivé sur place, il montait une tente légère pour faire un minimum d’ombre et allumait son projecteur à pétrole. Il évangélisait ainsi les passants qui voulaient bien entrer.

     En quelques occasions, la lanterne magique (évangélique !) pouvait même appuyer un entretien spirituel à domicile. Le rapport de la SEG de 1900 relate ainsi sa visite dans le village de « S ». « Au mois de décembre… j’entrai chez une femme malade de la poitrine, avec qui je pus m’entretenir ; je lui lus les promesses de la Parole de Dieu les plus propres à la conduire à Christ ; je pus prier avec elle. Elle me remercia et me dit que désormais elle ne voulait plus compter que sur la grâce de Dieu en Jésus-Christ. Mais, comme elle avait entendu parler de mes séances de projections, elle me demanda de venir lui faire voir dans sa chambre quelques vues bibliques.

     Cette demande me décida à tenir dans le village une réunion avec projections, et huit jours après, 110 personnes écoutaient le message de grâce. Sitôt après la réunion, j’allai avec mon appareil auprès de la malade ; je n’oublierai jamais avec quelle joie cette pauvre femme vit passer sous ses yeux des scènes de la vie du Seigneur, lui parlant du pardon et du Ciel. Quelques jours après, elle est morte… et j’ai pu commencer des réunions de 8 jours en 8 jours dans le village […] Les réunions sont suivies par une cinquantaine de personnes et j’espère y établir un culte régulier le dimanche[2]« .

Le tricycle du colporteur Huichard sur un marché du Var

Le tricycle du colporteur Huichard sur un marché du Var

     Il est difficile à Huichard de transporter tout son matériel sur un vélo. Le colporteur revient à la charge devant le comité de la SEG fin 1900 : « Huichard ne peut continuer faci- lement son œuvre des foires avec sa bicyclette à cause des pluies fré- quentes. Il voudrait un cheval et une  modeste voiture[3]».

     Le colporteur se propose de fournir le fourrage. Dans ces conditions, le comité accepte de voter une subvention de 150 francs, somme qui semble bien insuffisante pour concrétiser le projet. Mais le colporteur Huichard n’a pas renoncé à son idée de tricycle. L’engin, beaucoup plus léger qu’une charrette hippomobile, puisque issu de la technologie des vélocipèdes, est un moyen de locomotion relativement efficace qui peut devenir un support stable sur les marchés. On en revient donc au tricycle que l’évangéliste peut finalement acquérir et utiliser sur son nouveau terrain de colportage, le département du  Var.

     L’engin est photographiée dans le Bulletin de la SEG du 24 janvier 1902. Il est à la fois moyen de locomotion, chaire portative et support de panneau imagé : le prédicateur (ici sur un marché du Var) peut, tout en parlant, désigner du doigt les dessins de la grande et célèbre affiche qui couvre l’arrière de la voiture : L’alcool, voilà l’ennemi !  Association de la technique, de l’image et du verbe dans une perspective spirituelle, sur fond de christianisme social : le XXe siècle commence !

 Jean-Yves Carluer



[1] Bibliothèque publique et universitaire de Genève, SEG, archives du comité, 23 janvier 1899.

[2] SEG, Rapport annuel, 1900, p. 45.

[3] Bibliothèque publique et universitaire de Genève, SEG, archives du comité, 26 décembre 1900.

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