William Wilberforce se convertit à Nice en 1785

     Si l’on demande à un Français quel était l’homme politique le plus important à l’orée du XIXe siècle, il répondra probablement Napoléon. Un Américain avancera plutôt le nom de Washington ou Jefferson. Pour un jeune Britannique d’aujourd’hui, la plus belle figure de son pays en ce temps-là est William Wilberforce.

     Le nom de William Wilberforce est associé à l’abolition de l’esclavage.  Il fit voter, à la suite d’une campagne orchestrée par Thomas Clarkson, l’interdiction de la traite des Noirs devant la Chambre des Communes le 23 février 1807. La France fait de même lors du deuxième traité de Paris, en 1815. Deux jours avant sa mort qui eut lieu le 29 juillet 1833, Wilberforce avait reçu l’assurance du gouvernement britannique que son projet de loi abolissant l’esclavage dans les possessions de la Couronne allait être adopté. Le Slavery  Abolition Act est voté le 8 août suivant. Encore quelques décennies, et la décision fera tache d’huile.

     William Wilberforce est le plus célèbre des « Grands Laïcs » évangéliques anglais. Mais il n’est pas le seul. Parmi ses amis, retenons le savant Granville Sharp, Lord Teignmouth, ancien gouverneur général de L’Inde ou Zachary Macaulay, gouverneur du Siera Leone. Très engagés dans le combat abolitionniste, ils sont également les fondateurs de la Société Biblique Britannique.

     William Wilberforce naît en 1759 dans une riche famille de négociants de la ville de Hull. A l’âge de 9 ans il est confié, après la mort de son père, à ses oncles et tantes, engagés dans le Réveil méthodiste près de Londres. Mais leur influence inquiète son grand-père, peu désireux de voir le jeune homme voir s’éloigner de la tradition anglicane. Il le fait revenir à Hull. Quelques années plus tard, William Wilberforce, ayant hérité de la fortune familiale, vit une existence assez désoeuvrée et frivole dans un collège de Cambridge. Il se lie d’amitié avec un autre étudiant, tout aussi brillant que lui, William Pitt le jeune (1759-1806) qui deviendra Premier Ministre à l’âge de 24 ans ! C’est sous son influence qu’il se lance dans la politique. Selon les usages du temps, il achète son élection à la Chambre des Communes dès 1780, où il se fait remarquer par son éloquence.

 William Wilberforce, jeune député, vers 1790, par John Rising.    William Wilberforce profite des interruptions entre les sessions du Parlement pour entreprendre des voyages, en particulier en France. Il est souvent accompagné d’Isaac Milner, un intellectuel de Cambridge. Ils s’intéressent tous les deux au domaine de la Foi, cette foi que William avait déjà rencontrée chez son oncle et sa tante, mais qu’il n’a pas. Ils cherchent une réponse de façon assez rationnelle, suivant en cela l’héritage des Lumières du XVIIIe siècle. William lit nombre d’ouvrages religieux, mais seulement après avoir ouvert sa Bible tôt le matin. Petit à petit, la foi pénètre dans le coeur du jeune homme. Et c’est à l’escale de Nice que la vie de Wilberforce bascule. Alors que nombre de ses contemporains ont été gagnés par le scepticisme, le jeune député vit un bouleversement décisif : il regarde sa vie passée comme futile, il se voit redevable de la miséricorde du Christ et décide de consacrer le reste de son existence au service de Dieu. Cela s’appelle une conversion.

     William Wilberforce serait bien entré dans le clergé anglican. Il est attaché à l’Église officielle, qui comprend une large fraction évangélique, et il a suffisamment de culture et d’argent pour y briguer un poste important. Mais ses amis, à commencer par Pitt, le convainquent qu’il sera plus utile encore comme homme politique.

     C’est ainsi que William Wilberforce se fait un porte-parole du programme social commun aux évangéliques de l’époque : cela le range comme conservateur, en particulier sur le plan moral, et ses adversaires ne manquent pas de se moquer de lui quand il parle de lutter contre l’alcoolisme, la prostitution et les jeux. Mais sur un certain nombre d’autres plans, il est le défenseur de causes qui apparaissent alors nouvelles : la lutte contre l’esclavage ou le développement de l’alphabétisation et de l’éducation populaire. Son enthousiasme abolitionniste finit par emporter progressivement l’adhésion de ses collègues.

     Il est devenu en son temps une personnalité nationale et même internationale, puisque la France révolutionnaire en avait fait un citoyen d’honneur par décret du 26 août 1792 !

     William Wilberforce participe, comme il se doit, à la création de nombres de sociétés protestantes. Nous l’avons cité comme fondateur de l’oeuvre biblique. Il faut y ajouter entre autres la Society for Suppression of Vice, dont l’équivalent français a eu pour nom la Société de la Morale Chrétienne, ou la Church Missionary Society.  Le combat victorieux contre l’esclavage a fait de Wilberforce une des grandes consciences de l’histoire contemporaine, célébrée par exemple dans le film Amazing Grace, qui relate également l’appui qu’il reçut de celle qui allait devenir son épouse, Barbara Spooner. Mais l’impact de Wilberforce et de ses amis du « Groupe de Clapham » sur la culture et la religion de leur pays va bien au-delà, et nous y reviendrons. Ils ont servi de matrice et de modèle à l’internationalisation de la foi évangélique, en particulier en France.

 Jean-Yves Carluer

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