1914 : « Fuyez la colère à venir » (suite et fin)

 La tournée française des trois évangélistes s’achève…

     « [A Lyon], nous avons connu de sérieux incidents avec diverses personnes. Nous avons célébré la mort du Seigneur chez les Comtesse, un peu à l’écart de la ville. Je fus suivi par une foule immense qui me huait.      C’était une expérience désagréable, mais le Seigneur me délivra de tous ces gens. Si quelqu’un crie vers lui pour demander la délivrance, plutôt que d’essayer de se sauver par ses propres forces (Psaume premier, verset 15), alors tout s’éclaire pour la plus grande gloire de Dieu.

     Laissant Lyon, nous avons fait route vers Troyes, avec un arrêt d’une heure environ dans une petite cité. Là, nous avons été accueillis par des cailloux, à la façon d’Étienne […] Nous avons trouvé cette situation très dangereuse, mais l’artillerie ne méritait pas une médaille au concours de tir, et aucun pointeur ne se serait qualifié au concours de Bisley, heureusement pour nous !

La gare de Troyes vers 1910.

La gare de Troyes vers 1910. Cliché wikipédia.

    Quand nous sommes arrivés à Troyes, nous avons reçu encore une réception quasi royale, mais sans drapeaux ni musique. L’affaire débuta sous forme d’une foule assemblée à la gare, qui ne fit que s’accroître quand nous avons été interpellés. Des passants se sont agglutinés devant les portes et les fenêtres du local. Ce fut un événement tout à fait intéressant. Nous avons passé un bon moment au poste de police, jusqu’à ce qu’on s’assure qu’il n’y avait aucune contravention à dresser contre les détenus. De nombreux policiers qui avaient terminé leur service accoururent et demandèrent nos livres, de sorte que c’est probablement en ce lieu que le plus grand nombre de défenseurs de la loi reçurent l’Évangile. Nous avons été ensuite libérés, avec ordre de cesser nos agissements, et nous avons trouvé un bel hôtel dont nous avons émergé au moment du marché, ce qui fait que nous avons pu reprendre notre témoignage de la façon la plus bénie. Nous avons été de nouveau interpellés au bout de 20 minutes environ, et de nouveau libérés, comme il est écrit au psaume premier, verset 15 : ‘le méchant ne résiste pas au jour du jugement ». Nous avons décidé de déjeuner après une matinée tranquille et de partir pour Paris. Mais j’avais perdu mon billet ! Nous souvenant de l’ordre de Paul dans la première Épître aux Thessaloniciens, verset 18, nous avons remercié Dieu pour toutes choses. Peu après, quand nous sommes passés par l’hôtel, on me tendit le billet qui avait été retrouvé. C’est ainsi que se termina notre premier tour de France et d’Espagne en 1914.

     Le Commodore Salwey prit la direction de l’Angleterre peu après, témoignant en route à Amiens et à Abbeville, nouant de nouvelles amitiés ainsi que quelques inimitiés dans les postes de police ».

 (Joseph E. Dutton, An Evangelist’s Travels, pp. 138-141).

      Cela se passait il y a exactement un siècle. Les orages noirs qui s’accumulaient sur l’Europe allaient crever en ce fatal jour du 1er août 1914.

     Les évangélistes itinérants venaient de distribuer en quelques mois des centaines de milliers d’opuscules chrétiens à des foules généralement moqueuses. Parmi les jeunes, les plus hostiles d’après ce rapport, un conscrit sur quatre n’est pas rentré du front, un autre est resté handicapé. Ce sont les statistiques qui l’affirment.

     Edward Salwey et Joseph Dutton reviendront bientôt dans la France en guerre. Le dernier y a distribué, durant le conflit, un million d’Évangiles et autres textes. Nous reparlerons d’eux dans quelques mois au fil de ce blog. Nous découvrons un autre de leurs compagnons, un officier britannique en disponibilité, amiral mexicain en retraite, grand évangélisateur des camps de Tommies. Mais ceci est une autre histoire…

      Jean-Yves Carluer

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