1914 : « Fuyez le colère à venir » (3)

Le tour de France de trois évangélistes au printemps 1914, suite.

        Nous présentons ici l’avant-dernier article relatif au tour de France des trois « hommes-sandwich » britanniques quelques semaines avant le déclenchement de la Grande Guerre. Après avoir fait un crochet riche en péripéties en Espagne, deux d’entre eux, le commodore Salwey et Joseph Dutton, rentrent en France et retournent à Paris, via Marseille et Lyon.

    Les bouillants Britanniques racontent leurs occasions de témoignages sur le parcours et leur collaboration avec des évangélistes et pasteurs alors à l’oeuvre en France, entre autres Luigi Arnéra à Cannes, Charles Comtesse et Pierre Nicolle (alors baptiste, futur pionnier pentecôtiste) à Lyon.

      « Il nous a été possible de respirer quand nous sommes revenus en France, pays de liberté mais hélas pays indifférent à l’Évangile. Arrivés à Sète, nous avons récupéré nos textes en français qui ont été scrutés avec grand intérêt, et nous sommes arrivés à Narbonne, une ville difficile. Le commodore (Salwey) a eu plus de liberté pour témoigner que moi. Nous nous sommes séparés et il échappa aux contradicteurs et aux autorités qui voulaient nous interpeller, mais ce n’était pas un endroit intéressant. Nous avons pu bien témoigner à Nîmes, au centre d’une région protestante. Cependant, une autorité qui se croyait compétente décida que notre place se devait d’être au poste de police. Nous y sommes restés jusqu’à ce qu’un plus haut responsable exige notre élargissement immédiat, au vif dépit de notre ravisseur. A l’évidence, l’Ennemi réalisait l’importance de notre témoignage en un endroit où la Bonne semence avait été pourtant répandue depuis des années.

     A Tarascon, où se trouvait la correspondance pour Marseille, nous eûmes la possibilité d’une distribution à un bon nombre de voyageurs dans les locaux du buffet. Cela a été aussi l’occasion d’une petite promenade, mais c’était une journée très chaude et il n’y avait personne dans les rues.

Le vieux port de Marseille en 1914 (image extraite de l'ouvrage de Joseph Dutton, An Evangelist's travels)

Le vieux port de Marseille en 1914 (image extraite de l’ouvrage de Joseph Dutton, An Evangelist’s travels)

     A Marseille, l’un d’entre nous a été retenu au poste de police, mais pas trop tard cependant, puisque j’ai pu rassurer vers minuit nos hôte et hôtesse, M. et Mme Favre, qui ont multiplié les gentillesses à notre égard. L’un d’entre nous a fait l’homme-sandwich avec des textes bibliques dans les faubourgs populaires et multiplié les distributions de portions et de tracts aux tables des terrasses ouvertes des cafés alentours. L’importance même de la foule nous protégea, car les esprits chagrins étaient noyés au sein des indifférents.

    La ville de Toulon est une cité délicieuse avec de nombreux squares et de petites places, ce qui nous accorda bien des occasions de présenter la Parole. On a rencontré les ouvriers de l’arsenal et beaucoup ont été intéressés, tandis que nous avons été préservés des coups. Arrivés à Cannes et Nice, la première ville plus intéressante que la dernière, M. Arnéra et sa femme nous ont magnifiquement reçus, et l’assemblée de frères nous a prodigués tous les encouragements. Nous avons eu une bonne réunion. La police a été très hostile à Nice, mais auparavant, nous avons lu la Parole à une assistance plaisante et bien disposée. Après notre arrestation, nous avons dû retourner à notre hôtel, mais nous avons pu faire lire nos textes avant de partir. Monsieur Valle réalise une remarquable travail dans cette ville difficile.

Joseph Dutton 1922

Joseph Dutton à Cannes en février 1922

     Nous sommes allés à Monte-Carlo qui est une principauté indépendante. Ni la France, ni l’Italie ne peuvent la revendiquer, mais par contre la police ne se priva pas de nous annexer bientôt. Nous avons été raccompagnés jusqu’à la gare tout en continuant à brandir nos « cartes pour l’Éternité » (Il s’agit d’une édition spéciale de cartes toutes faites sur l’éternité, avec des texte de Jean 3, 16 et de Jean 1, 7.). La police avait ordre de nous expulser de la principauté. On a d’abord été conduits au bureau du chef de gare pour nous isoler des voyageurs intéressés qui réclamaient nos cartes. Ensuite, on nous a mis dans le train, mais nous avions eu le temps de brandir nos textes bibliques et de lancer nos tracts et cartes. Nous avons été détenus jusqu’à la frontière française.

     Nous sommes rentrés par Valence. il nous a semblé que cet assez grand centre protestant était très intéressant. Nous avons débarqué là un mardi après-midi, à la consternation d’un prêtre, alors que les gens étaient ravis de recevoir nos témoignages et notre distribution. Nous avons aussi rencontré des Salutistes et d’autres chrétiens.

    A Saint-Étienne, une ville avec beaucoup d’étudiants -une catégorie difficile dans chaque pays-, nous avons rencontré un ivrogne dans le train. Il devint si excité que j’ai eu peur qu’il ne nous poignarde, car il avait sorti son couteau. Nous avons imploré l’aide du Seigneur en silence et nous avons été gardés de tout mal. Cependant, à notre arrivée, et alors que nous nous demandions si nous n’allions pas informer la police, notre « ami » trancha la question en nous accusant de l’avoir attaqué ! Le représentant de la loi sembla aussi perplexe que la ville de Suse dans le livre d’Esther, jusqu’à ce que nous lui suggérions un examen plus attentif de l’attitude de notre accusateur. Je suppose qu’il « éprouva les esprits », et il décida en notre faveur tandis que notre antagoniste était renvoyé sans ménagement. Ce même soir, un groupe d’étudiants entoura le commodore, si déterminé à le molester que la police l’escorta jusqu’au commissariat. Il put y faire une bonne distribution et on le libéra quand il fut considéré comme hors de danger. Un étudiant le suivit à l’hôtel où nous l’avons amené à genoux devant le Seigneur. Puisse-t-il être trouvé dans le Royaume au jour du Seigneur, ainsi que quelques autres.

     Lyon est toujours un endroit difficile. Nous y avons trouvé de grands foules et beaucoup d’opportunités. Nous y avons été aidés par Charles Comtesse, qui prit joyeusement sa part de travail, portant une pancarte et parlant librement à l’assistance. Lyon est une ville catholique, spirite et impie, mais on y trouve aussi des gens de foi. Nous y avons rencontré des « justes », entre autre les Squire, le pasteur Nicolle, son épouse et d’autres. Nous avons parlé brièvement dans le temple baptiste ».

 A suivre.

Jean-Yves Carluer

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