Pierre Laffargue

Un demi-siècle de colportage biblique.

    Pierre Laffargue est né le 15 juillet 1813. C’est un des tout premiers colporteurs salariés français, puisqu’il avait été recruté dès 1835, à l’âge de 22 ans, par les frères Louis, Franck et Armand Courtois, les zélés banquiers évangéliques de Toulouse. Fondateurs de la Société des Livres Religieux, ils avaient été aussi les organisateurs d’un système de colportage biblique qui permettait à des vendeurs itinérants sélectionnés de recevoir des appointements garantis.

Pierre Laffargue

Pierre Laffargue (Registre des colporteurs de l’agence française de la B.F.B.S.)

    Ce principe fut repris quatre ans plus tard par Victor de Pressensé, agent général de la Société Biblique Britannique et Étrangère en France. Cette agence continua l’oeuvre des frères Courtois en réembauchant directement ses colporteurs. C’est ainsi que Pierre Laffargue entra au service de la Société Biblique le 10 octobre 1839. Près d’un demi-siècle plus tard, il en était le doyen.

     Le cas de Pierre Laffargue est exemplaire de toute une génération de colporteurs bibliques poussés essentiellement par le désir de diffuser la Parole, indépendamment des considérations financières. Son dossier personnel le décrit comme un « chrétien éclairé et solide », et note aussi que sa « position est aisée », c’est-à-dire qu’il pouvait vivre de ses revenus propres[1]. Sans doute était-il exploitant agricole dans sa commune de Saint-Antonin-Noble-Val, une petite cité au passé protestant le long de l’Aveyron.

     En mars 1883, il oeuvrait encore en suivant le rythme des premiers colporteurs ruraux. Du printemps à l’automne, il travaillait sur son exploitation. L’hiver, quel que soit le froid, la neige ou la bise, il prenait sa sacoche de colporteur. Pierre Laffargue « consacrait chaque année quelques mois au colportage par amour des âmes« . C’était la meilleure saison pour proposer des Bibles dans les campagnes. Les habitants se trouvaient désoeuvrés et toujours prêts à discuter avec un étranger. Le soir tombait vite, mais le témoignage pouvait se poursuivre si le colporteur était invité à partager la veillée et raconter des histoires de son Livre.

    Ce qui caractérisait Pierre Laffargue, c’est qu’il n’hésitait pas à faire « de longues tournées dans les départements les plus durs« . En 1876, il était en Corrèze (724 livres saints vendus), en 1877 dans le Cantal (513 ), en 1879 dans le Lot (659), en 1880, dans le Lot-et-Garonne (739). Il a été cependant « forcé de se restreindre à mesure qu’il avance en âge » écrivait en mars 1883 son directeur d’alors, Gustave Monod. Une disponibilité comme celle de Pierre Laffargue était rare, les colporteurs-agriculteurs préférant ne pas trop s’éloigner de leur famille et de leur exploitation. Pierre Laffargue était marié. En 1883, sa fille unique avait fondé à son tour un foyer.

    En avril 1887, Gustave Monod notait que le colporteur, âgé de 74 ans, avait « encore donné deux mois l’hiver dernier » avant d’ajouter « qu’il en promet encore autant cette année« .

    En 1889, la société biblique décida d’honorer ce fidèle colporteur. On en trouve le récit au tome IV de la monumentale Histoire de la Société Biblique Anglaise et Étrangère, sous la plume de William Canton :

    « Pierre Laffargue, le vétéran du Tarn-et-Garonne a célébré son jubilé. Il a reçu les félicitations de Gustave Monod, de M. Courtois (de la généreuse famille toulousaine) et d’autres amis. Un message du comité, accompagné d’une belle grande Bible, lui exprimait ses remerciements pour un service aussi long et aussi béni que le sien. Il avait rejoint les rangs des colporteurs en 1839, et la moyenne de ventes de Bibles pendant tout ce demi-siècle était de deux exemplaires par jour ».

   -« Je suis un pauvre homme ignorant », disait-il, « mais le Seigneur a toujours accepté de me faire confiance; et j’ai vu le fruit de mon travail » [… ] Aujourd’hui, à l’âge de 76 ans, il vit de ses rentes, en attendant l’appel suprême[2].

 Jean-Yves Carluer

[1] Fonds privé, Alliance Biblique française, Registre des colporteurs (1873-1926), folio 84.

[2] William Canton, History of The British And Foreign Bible Society, T. IV (1904), p. 261.

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