David Ely à Marseille

1836 : un aumônier des marins annoncé sur le Vieux port.

     Une des clés de l’affectation des missionnaires sur les différents champs de travail au XIXe siècle est leur aptitude à supporter le climat local.

     C’est apparu très vite évident pour les pays tropicaux : le taux de mortalité des premiers messagers de l’Évangile était effrayant au point que leur suivie ainsi que celle de leur famille était incertaine. De plus, alors que le roi Louis-Philippe règne sur la France et que le président Jackson implante la démocratie en Amérique, les médecins sont démunis devant des maladies qui nous semblent banales. Ils prescrivent alors à ceux qui le peuvent des séjours sous d’autres cieux, réputés plus cléments pour leur cas. Certains missionnaires sont alors dirigés vers des destinations assez inattendues initialement. Je citerais, par exemple, le cas des stations galloises en Basse-Bretagne, régulièrement pourvues de pasteurs rapatriés des tropiques pour raisons sanitaires. J’ai découvert ainsi dans le temple Béthel du port bigouden de Lesconil, une grammaire du sanscrit, abandonnée autrefois par le pasteur Williams, revenu de Birmanie.

2e église presbytérienne Louisville

La seconde Église presbytérienne de Louisville (Ky), fondée par Eli Sawtell

   Début 1836, la Mission des marins de New-York, qui a pris en charge le Béthel du port du Havre, peut ainsi engager à son service le révérend Eli Sawtell, prédicateur déjà célèbre à Louisville (Kentucky), où il a conduit un « réveil spirituel » et fondé la deuxième Église presbytérienne de la ville. Mais, ni le pasteur, ni sa famille, ne supportent le climat continental américain. Eli Sawtell, très malade, pourrait recouvrer la santé sous les cieux brumeux de la Manche…

    Sur les quais du Havre, justement, son collègue David Ely souffre depuis plusieurs mois d’angine et de bronchite, qui l’obligent à se faire remplacer en urgence pendant tout le printemps 1836 par le pasteur britannique J. Chapman, agent itinérant de la Société Biblique Britannique. « J’ai été frappé, à la fin de l’hiver, écrit l’aumônier, d’une inflammation de la gorge, et le printemps balbutiant et froid que nous avons eu a nourri et aggravé la maladie« [1]. Les médecins lui prescrivent un séjour sur les rives de la Méditerranée.

 Échange de missionnaires

     Les membres du comité de New-York voient dans la concomitance de ces deux situations une sorte d’indication de la volonté de Dieu. Le révérend Eli Sawtell prendra en charge les marins du Havre. David Ely, qui parle bien le français, est le candidat idéal pour établir l’oeuvre de Marseille qui vivote, faute de pasteur, depuis deux ans.

    La seule zone d’ombre de ce choix de mutations est que le pasteur Eli Sawtell ne parle pas encore la langue de notre pays. Cependant, la partie anglophone de son auditoire est suffisante pour occuper son ministère, tandis que les francophones sont pris en charge pour le moment, dans le cadre de la Société Évangélique du Havre, par le pasteur vaudois Edouard Panchaud. Cela donnera le temps à Eli Sawtell de se familiariser avec le français.

    Le 15 juillet 1836, le nouvel aumônier du Havre embarqua à bord du Katharine Jackson, pour une première escale à Liverpool. Dès son arrivée en France, il relayera, écrit le Sailor’s Magazine, son collègue Ely qui se rendra à Marseille. « Ce port n’a jamais bénéficié des services d’un aumônier résident pour les marins ; l’expérience acquise par M. Ely, tout comme sa connaissance approfondie de la langue et de la culture françaises, le rendent particulièrement apte à y commencer l’oeuvre« [2].

 Jean-Yves Carluer

[1] The Sailor’s Magazine, août 1836, p. 380.

[2] Idem, juillet 1836, p. 351.

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