Robert Baird (1798-1863) -1

Un américain à Paris

     J’avoue piteusement que je ne connaissais pas, il y a quelques semaines de cela, l’existence du pasteur Robert Baird. Je l’ai découvert un peu par hasard en poursuivant mes recherches sur la vie de son collègue et ami Elie Sawtell, l’aumônier des marins du Havre. Je poursuivrai bientôt sur ce site l’étude des œuvres évangéliques portuaires françaises. Mais il est plus que temps de présenter Robert Baird.
.   Malgré la relative brièveté de son séjour à Paris à partir de 1835, ce pasteur et théologien presbytérien, originaire de Pennsylvanie, a été un personnage clé de l’évangélisation protestante en France et en Italie [1 ]. Il a été co-fondateur, entre autres, de la Foreign Evangelical Society, de Boston (1840) puis de l’Alliance Évangélique créée à Londres en 1846. Si ce dernier organisme est bien connu, la Foreign Evangelical Society est quasi ignorée aujourd’hui. Elle n’a existé sous ce nom que 12 ans, de 1838 à 1850, avant de former l’ossature de l’American Foreign Christian Union, qui gère encore aujourd’hui les Églises américaines de Paris, Vienne et Berlin.
.   Mais la Foreign Evangelical Society a été bien plus que cela ! Cette société évangélique pour l’étranger, si l’on peut traduire ainsi son sigle, a été, sous la Monarchie de Juillet, la principale source de financement des départements de colportage et d’évangélisation de la Société Évangélique de Genève, ainsi qu’un contributeur essentiel de la Société des Livres Religieux de Toulouse, de la Société Évangélique de France et d’autres œuvres encore, comme le deuxième Béthel de Marseille (1839). L’œuvre américaine du pasteur Baird a assuré la totalité du soutien financier de nombreux colporteurs et d’évangélistes dans notre pays, parfois jusqu’à une cinquantaine en tout ! Nous y reviendrons une autre fois.

Passionné par les Vaudois et les Huguenots…

Robert Baird

Robert Baird (1798-1863)

     Robert Martyn Baird est né le 6 octobre 1798 dans une famille rurale à Fayette County, près de Pittsburg. Il fit ses études dans des établissements américains réputés, le Jefferson College et le Princeton Théological Seminary. Devenu trop souvent la cible de railleries de la part de camarades plus fortunés, il se réfugia dans le travail et la vie spirituelle. Il devient pendant quelque temps enseignant, maître d’école puis principal de collège. Il débuta en 1827 son ministère pastoral comme responsable local de la Société Biblique américaine avant de devenir agent itinérant de la Société des Écoles du Dimanche.
.   Son mariage le met en contact avec l’héritage huguenot. Robert Baird a épousé le 24 août 1824 Fermine Amaryllis Ophélie DuBuisson, descendante de calvinistes français, sans doute normands, passés dans le Refuge après la Révocation de l’Édit de Nantes. Fermine transmet à son mari et à ses enfants une sorte de devoir de mémoire des réfugiés pour la foi. Robert écrira une histoire des Vaudois, un de ses fils sera l’historien de référence de l’émigration huguenote en Amérique [2].
.   Au bout de quelques années, Robert Baird, dynamique fondateur d’établissements scolaires pour enfants défavorisés, commence à souffrir d’une certaine routine dans son ministère. Aussi, quand il entend évoquer en 1835 une possibilité de se rendre en France, il se montre vivement intéressé.
.   Des services religieux en anglais avaient été célébrés depuis plusieurs années à Paris par des pasteurs anglophones qui s’étaient succédé dans la capitale. Citons les Rev. Mark Wilks ou Jonas King qui avait étudié pendant plusieurs années la langue arabe à Paris sous la direction du professeur Kieffer avant de partir pour le Moyen Orient. Le pasteur Flavel S. Mines, que nous avons déjà croisé comme aumônier des marins du Havre, avait organisé la communauté protestante parisienne et mis en place en 1834 une association dirigée par comité local, « composé de Français et de résidents étrangers » [3] dont nous ne savons hélas pas grand-chose, sinon qu’il était très proche des Réformés indépendants du groupe de la Chapelle Taitbout. Le pasteur Flavel Mines avait dû rentrer au bout d’un an.

.   Les cultes anglo-américains se tenaient dans des salles mises à disposition par les diverses Églises réformées de la capitale [4]. Le comité local demandait un successeur à Flavel S. Mines, dans une perspective plus vaste encore, celle de chercher à étendre l’impact d’une prédication évangélique à toute la France et même aux pays voisins. Robert Baird accepta l’offre à l’automne 1834 et se mit immédiatement à la recherche de soutiens financiers sur la côte est des USA.

Un ministère élargi

    Robert Baird et sa famille s’embarquèrent pour Le Havre le 26 février 1835. Il fut accueilli à Paris par les pasteurs Grandpierre et Audebez qu’il range parmi les meilleurs prédicateurs qu’il ait jamais entendus, ce qui témoigne incidemment que notre Américain maîtrisait bien la langue française. Robert Baird était également attendu par les responsables de la Société Evangélique de France qui venait de se constituer. Le pasteur livre, à ce propos, dans une lettre adressée le 4 avril 1836 au Boston Recorder, des lumières nouvelles sur l’origine de cette société : « La société Évangélique de Paris s’est constituée il y a trois ans. C’est un comité français de New-York, constitué de MM. Eleazar Lord, Arthur Trappan et S.V.S. Wilder, qui en avait suggéré la formation il y a quatre ans lors d’une conférence publique tenue dans cette cité après le retour d’Europe du Rev. John Proudfit. D’autres circonstances, au-delà de la proposition de ce petit comité, ont concouru à amener les frères en Christ de France à former une telle société. »
Robert Baird entrait de plein pied dans un ministère élargi : organiser le soutien logistique de l’œuvre d’évangélisation protestante en France.

(à suivre).

 Jean-Yves Carluer

[1] L’ouvrage de référence sur Robert Baird est la biographie rédigée par son fils, Henry M. Baird, The life of Rev. Robert Baird, D.D., New-York, 1866.

[2] Charles Washington Baird, History of the Huguenot Emigration to America, Dodd, Mead and Co,1885.

[3] « Protestant gentlemen, both native and foreign residents » (Henry Baird, op. cit., p. 93)

[4] « Il y a deux ans qu’un ministre anglais, de l’Église presbytérienne, M. le pasteur Wilks, se trouvant à Paris pour le rétablissement de sa santé, conçut l’idée de réunir quelques-uns des Anglais et des Américains qui affluent dans la capitale pour la célébration du culte […] Depuis cette époque, le culte religieux a été constamment célébré, et tous les dimanches une assemblée nombreuse assiste à ce service » (Archives du Christianisme au XIXe siècle, 1822, p. 129).

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