Les collecteurs bibliques de Lyon -1

La naissance d’une équipe d’évangélistes

    Auguste de Staël, de passage à Lyon au début du mois d’octobre 1825, est enthousiasmé par le dynamisme de la communauté réformée de la ville :

« Dimanche dernier, j’ai assisté au service, et j’ai trouvé comble notre église où un tiers des places étaient à peine remplies il y a quelques années. Les jours de communion, on est obligé d’avoir deux services consécutifs, et ils suffisent à peine pour que toute la congrégation puisse participer au sacrement[1] ». Cette appréciation est confirmée par l’historien Daniel Robert pour qui Lyon est alors une Église active, bénéficiant de deux pasteurs et « numériquement en progrès », avec « d’assez nombreuses conversions [2]». Pour Auguste de Staël, « l’accroissement du zèle religieux, si visible parmi les protestants de cette ville, est entièrement dû à la lecture de la Bible et à l’esprit d’union et de zèle qu’ont ranimé les Associations bibliques[3] ». La réalité est peut-être plus complexe. Il faut tenir compte, par exemple, de l’influence des milieux de Réveils suisses[4] et de l’évangélisation pratiquée sur place par le pasteur Albert Dentan (1805-1873), de la Société Continentale.

temple du change

Le Temple du Change, à Lyon (wiki commons)

   La Société biblique auxiliaire de Lyon est effectivement particulièrement dynamique. Selon l’usage, les fonctions d’encadrement sont tenues par des notables réformés, comme MM. De Cazenove, Bontoux ou Evesque qui représentent successivement les protestants de Lyon en tant qu’adjoints au maire. Mais l’âme de la société, selon l’expression même du pasteur Pache, est constituée par le sous-comité des associations bibliques, c’est-à-dire l’équipe d’une trentaine de collecteurs actifs dans l’agglomération[5]. Nous en donnons la liste à l’issue de cet article.

Des visiteurs zélés

   Les tournées des collecteurs bibliques lyonnais sont organisées de façon à reprendre contact avec les protestants qui se sont détachés de l’Église, travail que résume Jean-Isaac Lièvre dans le rapport de 1824 : « Les visites domiciliaires que nous faisons produisent un bien merveilleux […] Quelques-uns de nos frères négligeaient notre religion sainte, ne possédaient point la Parole de Dieu, quelques-uns même abandonnaient nos assemblées religieuses et connaissaient à peine nos pasteurs […] Nous avons ramené quelques-uns de nos frères dans le chemin du salut […] Nous les voyons avec plaisir fréquenter nos saintes assemblées ; nous leur remettons nos Livres saints dès qu’ils nous témoignent le désir de la posséder et qu’ils promettent d’en faire bon usage[6]… ».

   Les deux pasteurs de Lyon, Gustave Pache et Jean-Louis Claparède, semblent avoir encouragé les collecteurs à conduire de petites réunions privées rassemblant les sociétaires bibliques dans divers quartiers de la ville. « Le zèle de tous ceux qui s’occupent de la cause biblique, écrivait Claparède au printemps 1825, va toujours croissant. Le nombre de nos collecteurs s’est augmenté ; plusieurs d’entre eux rassemblent chez eux, une fois par semaine, les personnes qui ont souscrit auprès d’eux, afin de lire la Bible et de s’assurer qu’elle est lue régulièrement dans les familles[7]». Après 1827, le nouveau pasteur, Adolphe Monod, manifeste un soutien identique.

    L’organisateur et personnage clé de la diffusion biblique à Lyon est Louis Moureton, secrétaire du sous-comité des collecteurs bibliques. Ce jeune et modeste négociant inaugure de façon bénévole une longue carrière au service de la Bible. Nommé diacre de l’Église évangélique libre de Lyon dans les années 1830, il devient alors le correspondant général en France des colporteurs de la Société Évangélique de Genève. C’est à lui qu’étaient adressés les rapports de quinzaine des nombreux agents itinérants de cette vaste entreprise d’évangélisation rendue possible en France par la révolution de Juillet. Louis Moureton faisait acheminer ensuite toute cette correspondance sous forme de colis vers Genève. Cette permanence dans l’encadrement de la diffusion biblique illustre la continuité entre les collecteurs et les colporteurs évangéliques. On peut d’ailleurs se poser légitimement à Lyon la question du respect en 1825 du règlement de la Société de Paris qui imposait à ses bénévoles de se limiter aux familles protestantes. Le grand nombre de convertis du catholicisme présents aux offices du temple permet d’en douter. Mais apparemment, il n’y eut pas de plaintes locales du clergé. Peut-être, comme le laisse entendre Daniel Robert, les centaines de convertis lyonnais venaient essentiellement des milieux libres penseurs, alors très représentés dans la ville. Le temple du Change, accordé en 1803 par Bonaparte aux Réformés lyonnais, n’était-il pas un ancien édifice franc-maçon ?

    Auguste de Staël, qui assista à une rencontre du sous-comité en 1825, le confirme sans cependant oser avouer un quelconque prosélytisme : « Parmi les collecteurs présents à la séance, se trouvaient deux anciens catholiques qui ont embrassé le culte réformé, non point par esprit d’opposition au clergé romain, mais par un véritable sentiment d’amour pour l’Évangile[8] ».

    Un dernier axe d’activité de l’équipe des collecteurs de Louis Moureton était tout aussi essentiel : prendre en charge les protestants disséminés des communes de la couronne lyonnaise et susciter la création de nouvelles paroisses dans le département du Rhône et même au-delà. Nous en reparlerons.

Jean-Yves Carluer

Document joint : les collecteurs des associations bibliques de Lyon en 1826.

Louis MOURETON, à la Croix-Rousse.

Christian CHEL, place des Carmes n°9.

Jean-Isaac LIEVRE, rue de Larbresec, n°15.

Auguste MAZOT, rue de la Charité.

Pierre ROUSSEL, rue Buisson, n° 10.

Henri ROGNON, rue Neuve, n° 5.

Christian PFEIFFER, rue Longue, n° 17.

GAL-LADEVEZE, grande rue Mercière, n° 56.

Jean Elie PUECHE, place des Célestins, n° 12.

Daniel MATHIEU, grande rue de la Guillotière, n°22.

Alexandre MEJEAN, rue Vieille-Monnaie, n° 31.

Philippe BROCHE, place Forez, n° 1.

Guillaume TIEURE, rue Juiverie, n° 7.

Abraham MACCAUD, Loge-du-Change.

Adrien BOUQUET, faubourg Saint-Clair, en Bresse

Jean-Pierre PASSEBOIS, grande rue des Capucins, n° 11.

Jean-Baptiste BRIDEL, à la Boucle, n° 1.

Alexandre CAMBON, rue Clermont, n° 5

Pierre-François MEHALY, rue Buisson, n° 5.

Antoine GALABERT, rue des Chevaucheurs, n° 65.

Jacques DECKER, rue Basseville, n° 3.

MELLIER, à Fontaines.

Notes :

[1] Lettre d’Albert  de Staël à Albert Stapfer, 11 octobre 1825.

[2] Daniel Robert, Le protestantisme en France…,  p. 407.

[3] Lettre du 11 octobre 1825.

[4] « Lyon conserve tardivement –jusqu’en 1828- son caractère d’Église suisse en territoire français » (Daniel Robert, op. cit, p. 498).

[5] Rapport de la Société Biblique Auxiliaire de Lyon, 1826, p. 11.

[6] Rapport de la Société Biblique Auxiliaire de Lyon, 1825, p. 17.

[7] Bulletin de la Société Biblique Protestante de Paris, 1825, p. 13.

[8] Lettre du 11 octobre 1825.

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