Des Bibles pour les protestants du Gard -2

Premières sociétés bibliques, premiers collecteurs…

    Le pasteur Alexandre Soulier suscita au début de l’année 1822 la première ébauche de réseau de sociétés bibliques dans le Gard et dans l’Hérault. Il revenait de la capitale où il avait participé au conseil d’administration de la Société Biblique Protestante et se trouvait à Nîmes en attendant de reprendre son poste pastoral à Anduze.

Anduze

Anduze, porte des Cévennes…

    La cité des portes des Cévennes était desservie par deux pasteurs, l’un pour la ville, l’autre pour la campagne, c’est-à-dire les communes environnantes. Jusqu’à sa mort, en décembre 1821, le titulaire urbain avait été Jean (Sylva) Blachon (1853-1821). Ce dernier avait commencé sa carrière comme pasteur à Bordeaux puis à Nantes. Alexandre Soulier (1785-1855), jusque là affecté à la desserte de la zone rurale, lui succéda, non sans difficultés, dans la chaire de la cité où se terminait la construction d’un des plus grands temples de France. Le problème venait de la divergence d’opinion qui séparait la bourgeoisie de la ville, héritière du libéralisme théologique du siècle des Lumières, du pasteur Soulier, passé dans le camp du Réveil. Une mission de conciliation, confiée à Samuel Vincent, donna plus tard raison au pasteur.

   La société biblique auxiliaire de Nîmes était active au sein de la ville préfectorale : six associations venaient de s’y créer, se composant « d’ouvriers et d’artisans qui, ne pouvant donner de fortes sommes à la fois, réunissent, toutes les semaines, entre les mains de l’un d’eux les petites contributions qu’ils prélèvent sur les salaires gagnés à la sueur de leur front ». Le rapport local faisait mention « de l’ordre et de l’exactitude qui règnent dans les associations dirigées par M. Larnac et le jeune Bastide 1». On aura reconnu le système des collecteurs. L‘élan qui se manifestait en ville, soutenu par les pasteurs locaux, Vincent et Fontanès, était bien relayé dans la proche périphérie. A Milhaud, le pasteur Borrel mit en place un réseau d’associations parmi les jeunes de sa paroisse. Mais c’était encore loin d’être le cas des autres terres protestantes.

    Les plus ouvertes au mouvement biblique étaient celles du sud du département, en particulier le pays de la Vaunage. La présence du pasteur méthodiste Charles Cook dans la région n’était pas étrangère à cet intérêt.

La Bible dans la Vaunage

    Alexandre Soulier s’y rendit à la demande des consistoires d’Aigues-Vives, de Sommières, et de Calvisson. Il y fonda des sociétés bibliques branches. L’enthousiasme semblait général. La foule qui s’était rassemblée à Calvisson ne put trouver aucun local car le nouveau temple était encore en construction. «Tout le monde se réunit dans l’enclos où se tiennent provisoirement les assemblées religieuses ; et là, près de 4000 personnes célébrèrent un culte d’actions de grâces2 ». La société naissante y poursuivait ce jour-là encore la tradition des assemblées au Désert. A Boissières, où « presque toutes les familles  [ont souscrit pour] un, deux, trois, et jusqu’à sept ou huit sous par semaine », c’est le pasteur suffragant qui s’est fait lui-même collecteur3.

    Depuis la Vaunage, le pasteur Soulier se rendit à Montpellier où le consistoire s’intéressait à l’organisation d’une société biblique sans oser franchir le pas. C’est qu’une telle entreprise, dans une grande cité protestante, obligeait à ménager les autorités et surtout les susceptibilités locales. Rien ne pouvait se faire en 1822 sans la collaboration des grands notables. « Je visitai, écrit Soulier, les protestants les plus marquants, parmi lesquels se trouvent des hommes aussi distingués par la manifestation de leur foi que par l’exercice des hautes fonctions civiles et militaires que le gouvernement leur a confiées. Je trouvai en eux les dispositions les plus favorables... » L’exercice n’était pas évident dans le midi, où les élites réformées, globalement hostiles au régime de la Restauration depuis le tragique épisode de la « Terreur blanche » de 1815, se méfiaient d’une société biblique parisienne qui pouvait apparaître assez proche du pouvoir. De plus, aucune grande figure locale ne s’imposait. On procéda donc par étapes : « Il y eut une première réunion, une commission fut nommée pour rédiger un travail préparatoire ; une seconde assemblée fut convoquée à huitaine… »

    La société biblique auxiliaire de Montpellier se constitua au début de l’année 1822. Le comité rassemblait des notables comme Paulin Farel ou des représentants de la famille Castelneau, mais l’élément le plus dynamique était un officier de Marine, fraîchement retraité, Jean-Frédéric Bros de Puechredon. Ce dernier, dont la famille était originaire des environs d’Anduze, n’était pas un inconnu d’Alexandre Soulier. Il allait devenir un des missionnaires bibliques des vallées cévenoles.

    Dans l’immédiat, une fois terminée la tournée du pasteur Soulier, le réseau des sociétés locales ne se développa qu’assez lentement. L’élan se poursuivit encore en Vaunage puisque des associations bibliques furent créées en 1823 à Clarensac et à Congénies. Les vraies percées intervinrent cette année-là aux deux extrémités du Gard, où des sociétés branches se constituèrent à Saint-Hippolyte-du-Fort et au Vigan, ainsi qu’à Marsillargues. Il faut y ajouter deux créations dans les départements voisins : celle de Ganges (Hérault) sous l’impulsion d’un jeune pasteur dynamique, Jean Nines (1796-1874), et celle de Vialas (Lozère), cette fois sous la direction de Léon Albéric (1793-1874). La société biblique de Vialas était d’ailleurs fondamentalement une association d’ouvriers, en partie d’origine étrangère, qui travaillaient dans les mines de plomb argentifère du Mont-Lozère. Ces établissements, parmi les plus importants de France, sont alors en essor et mobilisent une main-d’oeuvre nombreuse, « presque toute protestante. Lorsque l’heure du repos les a tous réunis, ils dirigent souvent leur entretien sur la Sainte Bible. Chacun rend compte alors de ses lectures, des nouvelles lumières qu’il a acquises ; et de cette communication réciproque naît une religieuse émulation dont les effets sont les plus salutaires 4».

    Une nouvelle société branche se créa à Sauve à la fin de l’année 1823. Cela restait peu. Alexandre Soulier peinait à convaincre les consistoires, à commencer par le sien, celui d’Anduze. Jusqu’alors l’élan biblique avait été essentiellement porté par des laïcs et des pasteurs marqués par le Réveil, et le durcissement du conflit qui commençait à opposer « revivalistes » et « libéraux » se faisait au détriment de la distribution des Écritures. Il fallait sortir de ces blocages.

(A suivre)

Jean-Yves Carluer

1Rapport de la Société Biblique Protestante de Nîmes, 1822.

2Rapport d’Alexandre Soulier au comité de la Société Biblique Protestante de Paris, Rapport de 1822, p. 77.

3Discours de M. Boissier, de la Société biblique branche de Calvisson, in Bulletin de la Société Biblique Protestante de Paris, avril 1823, p. 181.

4Lettre du pasteur Albéric, 15 mars 1823.

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