Voyages dans les Cévennes avec des Bibles -1

Une tournée missionnaire en Lozère…

    De la première tournée biblique du pasteur François Dussaut, faite à partir de Saint-Hippolyte-du-Fort à l’automne 1825, nous ne savons rien, si ce n’est que ce fut la première effectuée en pays cévenol et qu’elle se révéla positive au point d’en susciter plusieurs autres l’année suivante.

    Au début de l’automne 1826 plusieurs équipes remontèrent donc les vallées et les drailles vers le haut-pays, à la rencontre des protestants isolés des bourgs et hameaux. Le découpage géographique départemental situait nombre de ces paroisses cévenoles en Lozère. Énumérons quelques-unes de ces équipes associant pasteurs et laïcs zélés des consistoires.

    Celle qui fournit le plus long rapport était composée des pasteurs François Dussaut (1789-1846) et Jean Nines (1796-1874). Mais il y eut aussi dans l’Hérault la tournée du pasteur Michel associé au lieutenant de vaisseau Bros de Puechredon. D’autres voyages furent plus limités. C’étaient essentiellement des missions d’encouragement aux sociétés locales, mais qui pouvaient déboucher sur des créations de nouvelles associations. Le notaire Despuech présida ainsi la fondation d’une société biblique à Valleraugues. Le pasteur Pierre Boissière (1788-1862), de Cros, très actif, se déplaça avec bonheur à Sumène et Ganges. Associé à Félix Parran, il suscita la création d’une association à Saint-Laurent-le-Minier avant de se rendre à Lassalle et Saumane.

En remontant le Gardon d’Alès et ses affluents.

    Mais revenons à la grande tournée biblique de François Dussaut et Jean Nines en Lozère. Ces deux pasteurs étaient jeunes. Le benjamin n’avait pas 30 ans. Il fallait de bonne jambes pour s’aventurer là-haut, de hameau en hameau. Ils étaient tous les deux associés à un autre collègue dans leurs paroisses de Saint-Hippolyte-du-Fort et du Vigan, ce qui leur avait donné la possibilité de s’absenter plusieurs semaines.

Cévennes avec âne

Randonnée dans les Cévennes, sur les traces de R.L. Stevenson. Photo Cevennes G’randos d’ânes, Col de Jacreste, Saint-Privat de Vallongue. (cevennesgrandosdanes@gmail.com)

    La tournée avait été soigneusement préparée. Elle pénétrait dans le ressort du consistoire de Saint-Laurent de Calberte. Le pasteur Hippolyte Metge était favorable aux sociétés bibliques. Il n’y avait pas de mauvaise surprise à attendre de ce côté-là. François Dussaut était né à Saint-Privat-de-Vallongue. Il connaissait parfaitement le chemin. Les deux pasteurs, surtout, savaient aussi pouvoir s’appuyer sur un notable local, M. Combet père, dont les fils étaient pasteurs dans le pays. Point noir, qui avait d’ailleurs motivé la tournée lozèroise, la société biblique du département, sise à Florac, était pratiquement éteinte alors même qu’elle venait de naître. Il est vrai que le vénérable pasteur de la ville venait de mourir, et que son successeur, Léon Albaric1, n’avait pas eu le temps de reprendre les choses en main.

   En redescendant vers le Tarn, François Dussaut et Jean Nines y passeront pour secouer les énergies défaillantes, notamment celle du dépositaire local : « En visitant le registre de l’entrée et de la sortie des Livres Saints, que nous présenta ce dernier, nous vîmes avec regret que la Société de Florac, ayant entre les mains un nombre assez considérable d’exemplaires, il ne s’en était écoulé, à prix coûtant, à prix réduit ou gratis, que 20 ou 25 dans le courant d’une année. […] Nous crûmes seulement devoir exposer […] que le but bien connu de la Société-mère, étant de répandre les Livres Saints, il fallait les disséminer de tout son pouvoir […] La Société de Florac se trouvant le centre de plusieurs sociétés extrêmement populeuses, a beaucoup à faire ; et, par cela même, elle a peut-être, plus que toute autre, besoin de ne pas laisser ralentir son activité et son dévouement ». N’ayons pas peur des mots, ce discours s’appelle habituellement un blâme !

    Le coeur du problème était en fait structurel. Un simple dépôt, comme celui établi dans la ville, n’était pas assez incitatif pour susciter les demandes de livres saints. Il fallait que les protestants locaux demandent l’ouverture du local lors des foires et contactent le dépositaire. Tout cela ne pouvait être que très lent On savait maintenant, en 1826, que le véritable moyen pour répandre les Écritures rapidement était de recourir à des collecteurs locaux. Nos missionnaires bibliques sont justement venus pour essayer de susciter les vocations :

    « Arrivés à Saint-Germain-de-Calberte, nous envoyâmes un exprès à M. le pasteur Metge, qui réside à Saint-Martin-de-Lansuscle, et qui se rendit auprès de nous le lendemain matin. […] Nous [prîmes] avec M. Metge les mesures les plus propres à activer la marche de la Société de Saint-Germain. Il fut convenu entre nous que cette société entrerait en relations directes avec celle de Florac, et que deux sociétés sectionnaires seraient établies prochainement, l’une à Saint-André-de-Lansuscle, l’autre à Saint-Étienne-de-Val-Francisque2, annexes de l’Église de Saint-Germain. Les lumières et le zèle de M. Metge ne nous permettent point de douter que la société biblique de son Église ne soit bientôt une des plus florissantes, ce digne Pasteur ayant, pour le seconder, un homme aussi influent et aussi pieux que M. Combet. Ce fut pour engager cet homme respectable à accepter le titre de président de la société biblique de Saint-Germain, que nous nous rendîmes à son domaine de Lacombe; nous le trouvâmes parfaitement disposé et rempli de dévouement pour l’oeuvre biblique ».

    L’entrevue eut un tel succès que désormais M. Combet Père décida d’accompagner les deux pasteurs.

    « Un de ses fils, M. Laurent Combet3, nommé récemment [pasteur] à l’Église de Brenoux, nous accompagna le lendemain à Saint-Martin-de-Boubos, section de l’Église du Collet-de-Dèze. Nous y trouvâmes M. Laval, pasteur de cette dernière Église. Il avait déjà préparé les esprits sur le but de notre venue, et nous n’eûmes qu’à rédiger un règlement approprié aux localités et à composer un comité provisoire […]

    Le dimanche 1er octobre, nous nous transportâmes au Collet-de-Dèze. Après le service divin, qui fut célébré par M. le pasteur Nines, une exhortation pressante fut adressée aux fidèles pour leur faire connnaître le but et les effets de l’institution biblique, et pour les engager à y prendre part. MM. les anciens du consistoire, spécialement convoqués, déployèrent la meilleure volonté […] La Société biblique du Collet s’est déclarée branche de celle de Florac, et la Société de Saint-Martin-de-Boubos sectionnaire de celle du Collet ».

    Le mauvais temps qu’il fit durant deux jours, nous empêcha de nous rendre Saint-Privat-de-Vallongue aussi promptement que nous l’aurions désiré ; nous ne pûmes y arriver que le 3. Cette Église se compose de quatre communes, qui sont desservies tour à tour. M. Scipion Combet4, qui en est le pasteur, informé de notre prochaine arrivée, avait déployé une activité infatigable pour que nous trouvassions la société organisée. Il avait fait déclarer la société formée à Saint-Privat branche de celle de Florac, et les sociétés formées dans les trois autres communes, sectionnaires de celle de Saint-Privat. Comme les habitations se trouvent extrêmement disséminées, il avait divisé en vingt-neuf associations toute l’étendue de l’Église, de manière que chaque petit hameau aura son collecteur résidant dans la localité; en un mot, tout était si bien prévu, qu’il ne nous est resté qu’à témoigner à M. Combet notre juste satisfaction. La sagesse du règlement, la rare intelligence qui a présidé à la distribution des lieux, le choix des personnes nommées pour être ou collecteurs ou membres des divers comités, et l’ensemble vraiment édifiant qui s’y fait remarquer, présagent les plus heureux succès, et nous portent à penser que la société de Saint-Privat pourra servir de modèle5 ».

    Tout allait très vite !

(A suivre…)

Jean-Yves Carluer

1Léon Albaric (1793-1874)

2Aujourd’hui Saint-Étienne-Vallée-Française.

3Étienne Laurent Combet (1792-1872) était né à Barre-des-Cévennes. Il terminait alors son ministère au Collet-de-Dèze. Il devint ultérieurement pasteur à La Grand-Combe, près d’Alès.

4 Scipion Combet (1799-1871), alors âgé de 25 ans, venait d’être consacré au ministère après des études à Montauban. Il exerça toute sa carrière dans les Cévennes.

5Tous les textes sont extraits du Bulletin de la Société Biblique Protestante de Paris, 1826, p. 66-69).

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