Charles Henri Verhuell (1764-1845)

Un amiral dans l’état-major biblique

    Né aux Pays-Bas sous le nom de Carel Hendrick Ver Huell, cet officier de Marine néerlandais multiplia les honneurs, d’ailleurs bien mérités sur les plans militaires et diplomatiques. Contre-amiral et ministre hollandais, vice-amiral dans la flotte de Napoléon, ambassadeur, Grand-Croix de la Légion d’Honneur, comte d’Empire, pair de France, c’était un des personnages illustres de son temps, honoré par les régimes politiques successifs de cette période troublée. Ce calviniste originaire de la Gueldre se mit au service de la France dont il obtint la nationalité.

Charles Verhuell

L’amiral Verhuell

    Jusqu’en 1820, l’amiral, selon la belle expression du pasteur Pédézert, « avait vécu dans le monde comme un homme du monde1 » La naissance d’enfants naturels l’attestait amplement. Charles Verhuell gravit les plus hauts grades de la Franc-maçonnerie, ce qui ne l’empêchait pas de manifester publiquement sa croyance en Dieu. Il étonna par exemple les autres officiers en se mettant à genoux après avoir miraculeusement échappé à la mort lors de sa victoire navale du Cap Gris-Nez en septembre 1803.

    L’amiral Ver Huell apparaît donc logiquement comme une des grandes personnalités chargées d’encadrer le protestantisme français au début du XIXe siècle. C’est à ce titre aussi qu’il est contacté par la Société Biblique de Paris, au même moment que le marquis de Jaucourt et quelques autres qui font ensuite partie de son comité.

Une conversion progressive

    Quand l’amiral s’est-il finalement converti ? L’historien Daniel Robert se pose légitimement la question dans la fiche qu’il lui consacre dans le dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine2. Car, après 1820, Charles Verhuell consacre toute son énergie aux diverses œuvres évangéliques. Comme plusieurs autres, dont Auguste de Staël ou Philippe Stapfer, son évolution fut progressive et se nourrit de ses engagements. D’abord vice-président de la Société Biblique Protestante de Paris, l’amiral devient bientôt président de la Société des Missions Évangéliques, sans compter quelques participations à d’autres comités.

    Il me semble qu’une des étapes essentielles sur le chemin de la conversion de Charles Verhuell est sa visite comme délégué à l’assemblée générale de la Société britannique à Londres en mai 18243. Selon son habitude, il s’est déplacé en grand uniforme avec toutes ses décorations. Il y est accueilli avec les plus grands honneurs, il se montre fort impressionné par Wilberforce et Teignmouth, il est ému quand de vieux adversaires de combat comme Lord Gambier le serrent dans leurs bras, il est interpellé par une rencontre avec le missionnaire Morrisson, de retour de Chine avec la Bible en mandarin. « Le christianisme m’apparut là dans toute sa pureté […] Je me croyais au milieu d’une même famille, où les différences de nation se perdaient dans une affection commune devant celui que nous adorons par le même langage de coeur, comme notre Seigneur et sauveur ».

    Si l’on a retenu aujourd’hui la mémoire de Charles Verhuell comme pionnier de la Société des missions évangéliques, il faut remarquer que, dans les années 1820, c’est aux sociétés bibliques qu’il consacre une grande partie de ses activités. Il organise la société auxiliaire de Marseille, revitalise celle du Vigan en 1826, celle de Lourmarin en 1829, distribue des Nouveaux Testaments aux bagnards de Toulon, supervise l’expédition de Bibles vers les ports de Méditerranée orientale…

    L’amiral prépare, sans peut-être en être encore conscient, la mutation progressive du réseau biblique en réseau missionnaire. Car une fois les besoins essentiels en Bibles pourvus dans les paroisses, nombre d’associations perdent leur raison d’être au cours des années 1830. Ce qui serait une catastrophe sur le plan de l’engagement associatif et spirituel est en grande partie évité . Car un grand nombre de comités, en particulier de dames, mettent alors leurs ressources et leurs énergies au service de l’œuvre outre-mer.

    L’amiral Verhuell meurt à Paris le 25 octobre 1845. Il avait 81 ans. Il désira un service simple et privé. Le pasteur Jean-Henri Grandpierre prononça l’éloge funèbre de son ami et rappela la phrase qu’il aimait souvent répéter : « Je ne vis plus que pour mon Seigneur Jésus-Christ4 ».

Jean-Yves Carluer

1Jean Pédézert, Cinquante ans de souvenirs religieux et ecclésiastiques, 1888, p. 10.

2In André Encrevé, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, p. 485.

3Bulletin de la Société Biblique de Paris, N° 26, juin 1824, p. 17-19.

4Jean-Henri Grandpierre, Notice sur M le Vice-Amiral Comte Ver-Huell, Paris, 1845.

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