Des Bibles pour les protestants de l’ouest -fin

Des collecteurs bibliques dans les chemins creux.

    En 1826-1827, pas moins de 17 collecteurs bibliques bénévoles sont à l’oeuvre en Poitou. La refondation de la société biblique de Saint-Maixent a produit des résultats tangibles. En un an, la diffusion des Écritures a été multipliée par 3 ou 4 dans les Deux-Sèvres.

    Les deux délégués de Bordeaux mandatés par le comité de la société de Paris ont su motiver les pasteurs encore hésitants et convaincre un certain nombre de notabilités locales d’encadrer les sociétés branches dont la mise en place était indispensable pour atteindre en profondeur chaque Église consistoriale.

Un élan réel…

    Les Réformés de Saint-Maixent confortent leur place prééminente et conservent leurs sièges au bureau de la société biblique auxiliaire. La grande nouveauté de l’hiver 1825-1826 est la fondation des quatre autres sociétés branches du département des Deux-Sèvres.

    – La première est celle de Niort. Les Réformés sont peu nombreux dans la cité, mais ils sont bien alphabétisés, et surtout l’Église consistoriale s’étend sur plusieurs paroisses importantes au nord et à l’est de la ville. C’est de là que vient le président de la société branche locale, M. Pandin de Lussaudière, maire de Prailles et représentant d’une vieille aristocratie huguenote. On raconte que c’est à la Lussaudière que serait tenu le premier culte au désert du Poitou. Notre homme dispose donc d’une grande légitimité à la fois historique et administrative pour initier le mouvement biblique à Niort. Il est, de plus, assisté d’un vice-président dynamique, le pasteur de la ville, Emmanuel Frossard, frère d’Émilien, le futur évangéliste des Pyrénées. D’autres notables de plus modeste importance, maires locaux, négociants, propriétaires ou percepteurs, figurent dans le comité. 187 souscripteurs s’étaient fait connaître avant la première assemblée générale ordinaire du 4 mai 1826. Ils sont 416 en 1830. Devant cet afflux, les responsables ont estimé qu’il n’y avait pas lieu de nommer des collecteurs.

    – La société branche de Melle, présidée de façon classique par un grand propriétaire, Pierre Proust, des Loges-de-l’Enclave1, assisté du pasteur Pierre Baillif, était très nettement rurale. Y figuraient deux maires de la région, celui de Vitré-en-Poitou et son collègue de Maisonnay, ainsi que nombre de propriétaires terriens et même de cultivateurs. Sept collecteurs, dont trois étaient instituteurs, avaient été désignés pour visiter les hameaux protestants, signe que bien des familles restaient à atteindre ou à convaincre. Une centaine de souscripteurs s’étaient fait connaître dès mai 1826, ils sont bientôt 441 en 1830.

    – C’est un pasteur, Louis Gibaud, qui présidait la Société branche de Lezay, assisté d’un juge de paix retraité et d’un secrétaire ancien sergent-major de la Grande armée, Jacques Lalot (1782-1872). Ce soldat avait été décoré de la Légion d’Honneur en 1813 et vivra assez vieux pour assister au désastre de Sedan ! 50 protestants s’étaient inscrits comme souscripteurs en mai 1826, mais il restait alors dans la région 225 familles sans Bibles ou Nouveaux Testaments. Quatre années plus tard, 240 personnes avaient souscrit.

    – La société de Saint-Maixent, pour sa part, a multiplié les associations bibliques dans son propre ressort. 10 collecteurs oeuvrent à la dissémination des Écritures : Louis Pougnant à Fonvérine, Pierre Vandier à Serzeaux, Pierre Guiday à Charchenay, François Birault à Sainte-Néomaye, Pierre Massé à Aiript, Cacouault fils à Cherveux, Jacques Jottreau à Moncoutant, M. Panou à Jaunay, Jacques Fougères à Verrières et Jean Proust à Boine. 191 souscripteurs sont inscrits en 1827, 264 en 1830.

    – La société branche de La Mothe-Saint-Héraye apparaît sensiblement en retrait de ses voisines en 1826. Elle est présidée par le pasteur Gibaud-Quazay et rassemble très peu de notables locaux. Ses ventes sont également plus faibles. Le rapport de la Société Biblique Protestante de Paris veut espérer l’année suivante que les protestants des Églises de La Mothe-Saint-Heray « ne resteront pas en arrière de leurs frères2.» Effectivement, l’arrivée sur place du pasteur Louis Gibaud multiplie par 8 en un an le nombre des souscripteurs. Ils sont bientôt 352 en 1830 … Ironie de l’histoire, les protestants de La Mothe seront les principaux bénéficiaires, avec leurs voisins de Saint-Sauvant, du Réveil qui se manifeste au Poitou à la génération suivante…

Un impact durable…

    Pourtant, dans l’immédiat, l’effort biblique piétine assez rapidement dans la région comme ailleurs. Partout un phénomène de saturation se manifeste au bout de quelques années, au fur et à mesure que la distribution butte sur les lacunes de l’alphabétisation. La Société Biblique de Saint-Maixent se dissout dès 1835. Le relais sera pris au Poitou par les colporteurs de la Société Évangélique de Genève basés à Niort ou à Saint-Sauvant.

    Des milliers de Bibles ou de Nouveaux Testaments ont pu a ainsi être mis à la disposition des protestants de la région. Un siècle plus tard, le pasteur Jean Rivierre tirait le bilan de cette distribution  : « Au début ; vers 1820, les Bibles étaient encore rares dans le pays ; mais, peu à peu, avec l’instruction grandissante et grâce au travail des sociétés bibliques, chaque famille en vint à avoir sa Bible ou ses Bibles. Et ces Bibles étaient lues. Au foyer, elles étaient vraiment la Parole vivante, un peu mystérieuse mais combien vénérable, du Dieu auquel on croyait. Et ils sont nombreux encore aujourd’hui », écrivait-il en 1925, « ces vieillards qui vous racontent que dans leur enfance, on lisait chaque jour la Bible à la maison et l’on y chantait des psaumes, et cela dans des villages où, hélas, les Bibles restent maintenant poussiéreuses et fermées, au sommet ou au fond des armoires3

Chaque génération doit vivre un Réveil spirituel.

Jean-Yves Carluer

1Sans doute Les Loges dans L’Enclave-de-la-Martinière, aujourd’hui en Saint-Léger, près de Melle.

2Rapport de la Société Biblique Protestante de Paris, 1827, p. 162.

3Jean Rivierre, Le relèvement et le Réveil des Églises du Poitou, Thèse de bachelier en théologie, Paris, 1925, p. 77.

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