Les Églises méthodistes du Havre – 2

L’apogée de l’oeuvre méthodiste (1890-1895)

    L’Église méthodiste, ou wesleyenne, du Havre prend son essor sous la direction du pasteur britannique Georges Whelpton.

chapelle méthodiste place Gambetta Le Havre

La chapelle méthodiste de la place Gambetta avant sa destruction. On peut lire sur le bandeau de l’étage : « Conférences évangéliques ».

Arrivé en France en 1880, il paye de ses propres deniers l’achat d’un lieu de culte idéalement situé au coeur de la cité, boulevard Gambetta : « Il a acquis, il y a quelques mois, sur la place du théâtre, au centre de la ville, un immeuble important qui a été aménagé pour faire à la fois chapelle et salle de conférences populaires et qui peut aisément contenir trois cents personnes. L’inauguration a eu lieu le dimanche 2 octobre 18921 ». Selon les habitudes des Églises wesleyennes, il ne reste pas longtemps sur place. Trois collègues lui succèdent entre 1885 et 1895 : le pasteur Gray, qui avait été son évangéliste, et les pasteurs Guiton et Ellenberger.

    Pendant des années, les visiteurs sont unanimes à louer les succès wesleyens au Havre : « une jeune Eglise, vivante, presque toute sortie du catholicisme2», remarque le journal l’Évangéliste, qui ajoute quelques années plus tard : « Le Méthodisme est bien vivant au Havre 3», C’est même un des fleurons du district d’évangélisation de la France du Nord. L’œuvre s’adresse à la fois aux Britanniques et aux Français. Le culte en anglais de la chapelle de la rue Henri IV rassemble les Britanniques, paroissiens et contributeurs zélés. Au même moment, s’il faut croire le rapport du pasteur Guiton, la chapelle du boulevard Gambetta, « admirablement bien placée sur le quai » est presque pleine ; 30 enfants suivent les cours de catéchisme ». Et le pasteur de se féliciter de la situation de l’église. Le culte en français semble avoir séduit le visiteur : limité à une heure, de façon à laisser ensuite la place à un service en langue anglaise, il n’en est que plus dynamique : « Le chant est d’allure si vive que l’on peut chanter cinq fois, parler 25 minutes, lire une bonne portion de la Bible et prier deux fois durant les soixante minutes4 ».

    Ces années 1890 à 1895 sont incontestablement les plus prospères des Églises méthodistes havraises. Trois évangélistes et un colporteur appuient la mission. On ouvre des locaux d’évangélisation un peu partout dans la ville et dans les alentours, à Graville, dans une ancienne salle de bal, rue Saint-Romain, que fréquentent les Bretons du quartier de l’Eure, et à Harfleur où le pasteur Ellenberger loue un local en 1900.

     Rue Henri IV, il y a trois réunions en semaine, et deux, place Gambetta, avec des classes de catéchisme qui rassemblent jusqu’à 150 enfants « à peu près tous de parents catholiques5 ». Mais le cumul des effectifs wesleyens reste encore limité. Le Lundi de Pâques 1903, un repas commun rassemble 140 personnes, représentant « les deux sections et des amis d’autres œuvres d’évangélisation du Havre », ce qui donne une idée de l’importance du circuit méthodiste et son imbrication avec les autres sensibilités protestantes6.

    La faiblesse récurrente de l’œuvre méthodiste est sa dépendance des ministères et des financements venus essentiellement de l’Étranger. Que la conjoncture économique se retourne, que survienne une lassitude des donateurs, et le bel édifice entre en léthargie.

    Il existe, de plus, une certaine concurrence intra-évangélique au sein des communautés marquées par la théologie wesleyenne. Le rapide enracinement, à partir de 1894, d’une antenne de l’Armée du Salut particulièrement dynamique draine une partie de leurs forces vives. Cette situation coïncide d’ailleurs avec l’arrêt des campagnes d’évangélisation de la Mission des Marins de Gosport qui avait beaucoup soutenu l’expansion méthodiste dans le grand port de la Manche.

    La rapide contraction des ressources ne tarde pas à se faire sentir dans les effectifs salariés et le nombre des lieux de culte au Havre.

(à suivre…)

Jean-Yves Carluer.

1 L’Évangéliste, 14 octobre 1892, page 165-166. C’est « est un de ces Anglais au coeur et à l’esprit larges, comme il en faudrait beaucoup à nos oeuvres en France » (L’Évangéliste, 21 septembre 1894).

2 L’Évangéliste, 20 septembre 1895.

3 L’Évangéliste, 23 mars 1900.

4 Idem, p. 57.

5 L’Évangéliste, 20 novembre 1885

6 Idem, 24 avril 1903.

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