Jean Sol

Un mystérieux colporteur ariégeois…

   Au moment même où les convertis de Nomain s’engagent dans des activités de colportage biblique, bien plus au sud, sur le piémont pyrénéen, un autre protestant entreprend des tournées similaires dans les campagnes.

   Nous ne le connaissons que par les premiers rapports de la Société Biblique Protestante de Saverdun. Son activité correspond assez peu aux préconisations d’alors de la Société Biblique. Il est en effet beaucoup plus qu’un simple collecteur. Il parcourt tout le pays ariégeois, où les protestants sont certes majoritaires, pour distribuer directement Bibles et Nouveaux Testaments. En un mot, il est colporteur. Il est, à l’évidence Réformé, il s’appelle Jean Sol et les sources le décrivent comme « cultivateur », ce qui est, sommes toute, assez peu précis.

    Est-il un notable du pays comme son homonyme Jean Jacques Sol, négociant à Saverdun, député de l’Ariège de 1804 à 1809, président de la société auxiliaire de Toulouse en 1822 ? Ce dernier, né en 1751, était trop âgé pour aller le long des chemins cette année-là, mais peut-être était-il de sa parenté. Est-il plutôt un métayer de la région, complétant ses revenus par des activités de vente itinérante comme tant d’autres en Ariège ? Notre homme serait alors plutôt ce Jean Sol qui figure à la fin de la liste des membres de la société biblique de Saverdun en 1824, sans autre indication de profession.

    L’activité de colportage est une tradition rurale aussi bien en Ariège comme dans le Nord de la France. Il n’est pas étonnant que ces deux berceaux aient suscité, à la même époque, la naissance de la diffusion biblique itinérante.

    Mais portons-nous dès maintenant vers les récits des tournées de Jean Sol. Le premier est consigné dans le rapport de la Société Biblique Protestante de Paris en 1822. Notre homme y apparaît à la page 60.

Mirepoix

Mirepoix (Ariège). Les arcades.

   « Nous recommandons à votre méditation le récit des voyages vraiment apostoliques d’un simple cultivateur, nommés Jean Sol. «Avant d’entreprendre ses pieuses tournées, nous écrit le Comité de Saverdun, il se recommande toujours par la prière au souverain dispensateur de tous les dons. Il a remarqué une ignorance si profonde de l’Évangile dans un grand nombre d’endroits, que plusieurs paysans auxquels il offrait la Bible ou le Nouveau-Testament, ne savaient pas même ce que c’était. Là-dessus, le pieux distributeur leur racontait l’histoire de la vie, de la passion, de la mort et de la résurrection de notre Sauveur, et les disposait ainsi à acheter ce saint livre, dont l’annonce les avait déjà singulièrement intéressés.

    Dans un village, près de Mirepoix, on lui demanda pourquoi il donnait ces livres à un si bon compte? Il répondit : « c’est afin que les pauvres puissent s’en procurer aussi bien que les riches, et que la lumière soit ôtée de dessous le boisseau, pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison ». Souvent il disait à des mendiants, à des infirmes, à des malades qu’il trouvait sous ses pas : « Voulez-vous entendre lire quelques chapitres de l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ ?» ; et en pleine campagne, sous l’ombrage de quelques arbres, il leur expliquait, après la lecture, ce que Jésus-Christ a fait pour sauver les pécheurs qui croient en lui. Ces pauvres gens quittaient leur prédicateur rustique en le comblant de bénédictions 1».

    L’attitude de Jean Sol correspond exactement à la fonction de ce que l’on appellera plus tard un « colporteur évangéliste ». L’acte de vente n’est pas sa motivation essentielle. C’est d’abord un prédicateur itinérant utilisant le texte imprimé comme support pour une exhortation spirituelle. Nous sommes en 1822, et le discours du colporteur est déjà de nature « évangélique », ce qui laisse penser qu’il se situe dans la ligne de la Société Continentale. Il est vrai que les responsables protestants locaux, à commencer par César Chabrand et son gendre Philippe Falle, encouragent cette approche. Peut-être Jean Sol a-t-il déjà été influencé par Henri Pyt, le nouveau pasteur de Bayonne, qui a entrepris, lui aussi, des tournées en Ariège et en Haute-Garonne.

(à suivre)

Jean-Yves Carluer.

1 Rapport de la Société Biblique de Paris, 1822, p. 60-61

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