Henry Cook -1

Henry Cook (1824-1896), fondateur de la Mission des Marins de Gosport.

La Mission des marins de Gosport, alias Mission sur les côtes anglaises et françaises, un temps dénommée Portsmouth and Gosport Seamen’s Mission, est un acteur à peu près inconnu de l’évangélisation des côtes de la Manche et de l’Atlantique à la fin du XIXe siècle.

Et pourtant, c’est une oeuvre pionnière dont l’impact reste aujourd’hui très important de ce côté du Channel. Associée à la Mission Mac-All, elle donna une impulsion décisive à l’évangélisation protestante dans des secteurs aussi divers que les ports du Havre, de Brest, de Deauville et du littoral bigouden. C’est également la Mission des marins de Gosport qui arma les premiers navires protestants sur les fleuves français, ouvrant la voie aux célèbres péniches L’Espérance et la Bonne Nouvelle. Mais alors que la mémoire évangélique française a conservé le souvenir du pasteur William Jenkyn Jones ou des oeuvres méthodistes de la Manche, le rôle décisif de l’évangéliste Henry Cook est aujourd’hui oublié. Il faut dire aussi que son activité française se montra singulièrement courte. Il inaugura l’évangélisation maritime sur nos côtes en 1887 et décéda moins de 10 ans plus tard dans son Sailor’s rest de Deauville, devenu aujourd’hui le temple EPUDF de cette ville. 

Selon une solide tradition de l’Église méthodiste, Henry Cook n’était pas pasteur. Comme Dwight Moody, il se pensa longtemps moniteur d’école du Dimanche dans sa cité natale de Gosport et animateur d’oeuvres pour enfants.

Un site remarquable…

Gosport au siècle dernier : bassins, usines, quartiers ouvriers…

Gosport, dans le sud du comté d’Hampshire, sur la côte méridionale de la Grande-Bretagne est un port secondaire  associé à la grande base navale de Portsmouth. Situé dans une baie presque fermée par l’île de Wight, c’est un site naval à peu près idéal. Gosport appartient au réseau défensif de la base, tout en étant le plus important faubourg industriel de Portsmouth.

Au cours des guerres de notre Premier Empire, la base navale hébergea nombre des ces sinistres navires désarmés, dénommés pontons, où étaient enfermés et mouraient tant de marins français détenus par l’Amirauté britannique. Nous avons que ce site était un des premiers lieux où les premiers Méthodistes avaient distribué des tracts et des Bibles aux prisonniers, au temps où le pasteur George Charles Smith développait le Réveil Naval.

La petite cité de Gosport avait été très tôt marquée par le Réveil méthodiste. Ces Évangéliques s’intéressèrent immédiatement à l’évangélisation de la France. C’est là que le pasteur Henry Bogue (1750-1825) avait établi son Missionary Bible Institute, à l’origine des premières missions modernes1. La Société Continentale d’Évangélisation y disposait d’une solide base arrière, et l’on s’y était très tôt préoccupé de scolarisation et d’encadrement chrétien des enfants

C’est donc sous le triple patronage du Réveil méthodiste, de la pédagogie et de l’évangélisation européenne qu’Henry Cook fonda sa Mission sur les côtes anglaises et françaises.

Dans la tempête…

Un beau jour de 1840, le HMS Rodney, robuste vaisseau de deux ponts de 92 canons, lutte pour sa survie contre les éléments déchaînés de la tempête qui vient de se lever sur les côtes espagnoles de la Méditerranée. Malgré ses 40 mètres de long, le navire roule terriblement et peine à encaisser les paquets de mer qui se jettent contre son bord. Les 700 hommes d’équipage se sont mis, tant bien que mal, à l’abri dans les entreponts où la panique se répand en même temps que le mal de mer.

A bord, un adolescent de 15 ans, très agité, voit sa dernière heure arriver. Il connaît assez du message de l’Évangile pour se remettre profondément en question. Il s’était embarqué contre l’avis de son père et il lui semblait suivre le chemin de Jonas autrefois. Qu’avait-il à faire dans ce vaisseau qui risquait à tout moment de sombrer corps et biens ? Ne valait-il pas mieux pour lui se mettre au service de Dieu et être utile à d’autres ? C’était décidé. S’il survivait à cette terrible tempête, il chercherait quelque emploi à terre et se mettrait au service d’une Église dynamique où il pourrait se montrer utile.

Henri Cook mit ce programme à exécution dès que la tempête cessa. Il était né en 1824 au sein d’une famille de Gosport où son père était commerçant et jouissait d’une certaine aisance. Agé désormais de 16 ans, il ne lui restait qu’à chercher du travail.

A cours des premières années de son retour à la vie civile, Henri Cook rejoignit une chapelle méthodiste de la ville et se maria. Il tenta plusieurs métiers dont celui de peintre décorateur. Plus fort que tout, un appel retentissait dans son coeur : s’occuper des jeunes enfants de la rue et leur témoigner de l’Évangile…

(A suivre)

Jean-Yves Carluer.

1Anne Ruolt, « L’enseignement tutoral, l’exemple du pasteur-pédagogue David Bogue (1750-1825), un pionnier des missions modernes », Théologie Évangélique, 2015, p. 27- 60.

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