Annie 2

Les dernières campagnes de l’Annie dans la Manche.

    A partir de la fin de l’été 1883, la Mission des marins de Gosport entame le désarmement progressif de l’Annie, le sloop qui avait servi jusque-là de support à l’évangélisation portuaire. Ce bateau est remplacé comme navire-amiral par une belle goélette à deux mats, le Mystery. Cette dernière, trois fois plus grande, est mieux adaptée aux réunions dans les ports des grandes cités, où la foule se presse.

    Mais le rôle de l’Annie ne s’interrompt pas brutalement. Les sociétés missionnaires qui se sont associées dans l’évangélisation portuaire continuent à utiliser le sloop. Avec son équipage réduit, l’Annie sert encore, mais cette fois sur des côtes plus éloignées, toujours dans la Manche. En 1884, le sloop explore les havres de la côte d’Opale, jusqu’à Boulogne et Dunkerque. L’année suivante, l’Annie est en Bretagne, où elle fait sensation, notamment à Saint-Malo et Brest. L’équipe d’évangélisation fait appel aux pasteurs locaux et à des agents de la Mission Mc-All.

    Nous retranscrivons ici les rapports de ces deux campagnes qui ne sont pas sans fruits durables, puisque ces réunions sur les quais marquent le début d’une évangélisation populaire efficace à Dunkerque, Boulogne, Saint-Malo et Brest.

Été 1884 : Boulogne

    Les réunions populaires fondées à Boulogne-sur-Mer en novembre 1879 ont été fréquentées cette année par un plus grand nombre d’auditeurs, grâce à la visite du bateau missionnaire et à l’ouverture d’une salle nouvelle dans le quartier de Capécure […] les conférences à bord du bateau […] ont été fréquentées par environ 4000 auditeurs.

    Le bien produit par ces conférences exceptionnelles me fait souhaiter vivement de recevoir l’année prochaine une nouvelle visite de l’Annie et de votre agent, M. Sagnol, que nous avons été si heureux de posséder ».

    Les conférences du vendredi dans le quartier de Capécure1, ouvertes le 24 août, immédiatement après le départ de l’Annie, sont suivies par la plupart de nos habitués des réunions à bord du bateau ; elles sont très suivies et très intéressantes. Nous y recevions vendredi dernier la visite de M. Paul Cook2

Eté 1885 : Brest et Saint-Malo

    « Je suis parti pour Brest, nous écrit notre délégué, M. Vignal, Le 22 juin dernier, et, en arrivant, j’ai reçu l’accueil le plus chaleureux de M. le pasteur Berthe3.

    Le 24, nous montâmes à bord de l’Annie et nous débutâmes par une réunion de 140 personnes, sans compter celles qui se tenaient sur le quai. Malgré la présence de cette foule, la réunion a été on ne peut plus tranquille; M. Berthe et moi en étions étonnés et réjouis. A partir de cette date, nos réunions se continuèrent chaque jour avec des auditoires variant de 55 à 100 personnes. J’ai tenu aussi cinq réunions d’enfants qui ont compté en moyenne de 40 à 50 présents.

    Quelques résultats appréciables : les réunions, à mesure qu’elles se succédaient, devenaient toujours plus sérieuses, il s’était formé un groupe de personnes assez nombreuses et très bien disposées. Quelques-unes ont de suite pris le chemin du temple où je les voyais avec plaisir le dimanche. Parmi elles se trouvait un jeune matelot qui était d’abord très abattu moralement et tout a fait découragé. Après avoir assisté à quelques réunions et à quelques entretiens religieux avec nous, ils s’est trouvé relevé. « Oh ! me disait-il un jour, quel bonheur que le bateau missionnaire soit venu à Brest et que nous y soyons venus aussi ». Ce brave garçon s’est mis à fréquenter les temple, et y a conduit un ami avec lui.

    De son côté, M. le pasteur Berthe nous écrit : « Soyez bénis du secours que vous nous accordez, L’Église de Brest gagne sur toute la ligne, et parmi les causes multiples qui y ont contribué, votre mission tient une grande place. Le nombre de mes auditeurs à Recouvrance, après avoir baissé se relève, et aujourd’hui, il est chaque semaine de 40 à 50 et quelquefois davantage »4.

    L’Annie, montée par M. Vignal, a fait aussi un séjour à Saint-Malo. 9 réunions y eurent lieu avec une moyenne de 80 auditeurs. Un prêtre et des religieuses virent à bord et entamèrent avec notre délégué des discussions animées et intéressantes ; en se retirant, les religieuses acceptèrent avec plaisir des Évangiles accompagnés de quelques traités. En nous séparant de l’Annie, nous lui avons dit au revoir, et non pas adieu, car ce bateau doit visiter l’été prochain Lorient, Nantes, Saint-Nazaire et d’autres ports de cette région5.

Jean-Yves Carluer

1Capécure est le quartier ouvrier de Boulogne, non loin d’Outreau. Ce faubourg est, à l’époque, en rapide expansion.

2Mission Populaire Évangélique, Rapport de 1884-1885, p. 18.

3Pasteur de l’Église réformée de Brest.

4Mission Populaire Évangélique, Rapport de 1885-1886, p. 40

5Idem, p. 41.

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