Les colporteurs de la SEG

1831-32 : La Société Évangélique de Genève s’essaie au colportage…

    Les journées révolutionnaires des Trois Glorieuses à Paris avaient ouvert les plus grands espoirs pour la diffusion évangélique dans les pays francophones. On voit apparaître, à quelques mois de distance, les premières tentatives à Paris, Genève, mais aussi Nîmes, Lyon et Toulouse ou Lausanne.

    Le premier rapport de la Société Évangélique de Genève (SEG) fait le bilan, à la fin du printemps 1832, des efforts alors en cours en Suisse romande, et de la profonde mutation qui se prépare. Un comité du colportage a été créé au sein de la SEG par un petit noyau de militants, à la fois jeunes et remplis d’enthousiasme. On y remarque Henri Tronchin, alors âgé de 36 ans, et son ami Pierre Vaucher-Veyrassat.

Seg blog de Jean-Yves Carluer

vignette de la Société Evangélique de Genève

    Leur première tâche est de répertorier et de dresser le bilan des différentes actions qui venaient d’être entreprises pour diffuser les Écritures et les premiers traités de Réveil. Il fallait, d’abord, rendre justice à la Société Biblique de Genève qui avait déjà 18 années d’existence. Avec ses comités auxiliaires, elle participait à l’arbre qui avait pris racine à Londres et continuait à fournir les Évangiles aux protestants du pays. Les groupes revivalistes du Bourg-du-Four et du Pré-L’Évêque s’étaient engagés dans cette œuvre qu’il n’était pas question de dénigrer, bien au contraire. L’objectif du comité de la Société Évangélique de Genève était plutôt de la compléter et de l’étendre : la compléter en faisant porter ses efforts vers les catholiques, l’étendre géographiquement en direction de la France, où tout semblait maintenant politiquement et administrativement possible.

    Le comité inaugure donc de nouveaux dépôts en Suisse romande, laissant dans un premier temps la demande s’adapter à la nouvelle offre. Les résultats sont à cet égard assez encourageants, puisque 413 Bibles et 753 Nouveaux-Testaments sont distribués par ce canal au cours de l’hiver 1831. Ces dépôts ont contribué à alimenter un colportage qui s’organisait alors spontanément : «Depuis quelques années, plusieurs pasteurs évangéliques de cette contrée avaient essayé d’envoyer des colporteurs vendre des exemplaires de Livres saints, et des traités religieux. Cette œuvre avait été bénie aussi longemps que l’on n’y avait employé que des hommes convertis, mais dès qu’on eut essayé d’envoyer des colporteurs salariés, cette source fut tarie1 ».

    Il me semble que la raison essentielle de cet échec était tout simplement d’ordre financier. La marge concédée aux distributeurs itinérants ne leur permettait pas de vivre. Il fallait donc s’appuyer sur un réseau de colporteurs relativement bénévoles et baisser de façon drastique les coûts d’approvisionnement. A cet effet, le premier atout de la Société Évangélique de Genève était sa capacité de négociation avec les fournisseurs.

    Dès la première saison, les banquiers évangéliques de la Société de Genève réussirent à négocier des conditions exceptionnelles : le comité provisoire du colportage obtient la gratuité totale de la fourniture en Bibles et des traités qui les accompagnaient2. Mais une nouvelle politique financière de Londres oblige à des négociations d’autant plus complexes qu’elles portent sur des versions et des formats différents3. Finalement, les Genevois doivent se contenter d’une remise, assez considérable, il est vrai, et coûteuse pour les Britanniques puisque la Société de Londres  fait vendre 10 sous des Nouveaux Testaments De Sacy qui lui reviennent 29 sous4 .

    Tout est prêt désormais pour tenter l’aventure du colportage direct, encouragé par l’exemple des protestants toulousains, car des liens croisés se sont tissés entre les deux organismes.

Jean-Yves Carluer

1Société Évangélique de Genève (SEG), Premier rapport, 3 mai 1832, p.28-29.

2 « La Société Biblique Britannique et Étrangère de Londres nous fournissait généreusement, à titre gratuit, tous les exemplaires de la Sainte Écriture que nous trouvions à placer… La Société des Traités de Londres nous a fourni gratuitement une nombreuse collection de traités de Paris (Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève », rapport d’assemblée générale de la SEG, 3 mai 1832).

3 D’après une lettre du Comité biblique de Londres, qui « pour faciliter l’oeuvre de colportage… pourrait aller jusqu’à se départir de la totalité du prix de vente des exemplaires » (SEG, L 111, P.V. du 23 juillet 1832).

4SEG, L 111, P.V. du comité de la réunion du colportage du 27 juillet 1832 : « Nous avons… à tenir compte à la S.B.B.E du produit de la vente des Livres saints reçus d’elle » (Rapport de l’assemblée générale de la SEG., 3 mai 1832).

Ce contenu a été publié dans Histoire, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *