Les débuts de la radiodiffusion protestante

1932 : Témoigner de sa foi sur les ondes

    Les premiers essais d’évangélisation au moyen de la radiodiffusion sont à mettre au crédit de l’évangéliste Frédéric Durrleman, dès les lendemains de la première guerre mondiale et sur les ondes de Radio-Paris.

    A cette époque les récepteurs étaient encore très rares. De plus, il fallait demander une autorisation préfectorale pour être autorisé à en acquérir. Les services des Renseignements généraux de la préfecture diligentaient une enquête qui aboutissait ou non à la délivrance d’un permis de posséder un poste !

    Mais très vite ce moyen se démocratisa. De 1920 à 1940, le nombre des récepteurs passa de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions. On vit apparaître des antennes régionales qui diffusaient de la musique, des bulletins d’informations et des émissions de variétés.

    Petit à petit, le monde protestant et évangélique comprit l’intérêt de ce mode de communication. Quelques pionniers passèrent des accords avec des stations locales qui se montrèrent ouvertes à une présentation de l’Évangile sur leurs ondes.

    Les documents ci-dessous datent de juin et décembre 1932 et présentent une des premières radios protestantes du Midi de la France. Elle est présentée dans les colonnes du  Journal de l’Évangélisation, organe de la Société Centrale Évangélique :

« Depuis le mois d’octobre, l’Évangélisation possède une nouvelle antenne et les abonnés du Christianisme peuvent lire la rubrique : Mardi, 21 h., T. S. F. (Radio-Béziers), causerie religieuse par M. le pasteur Bolle.

TSF Ducretet

Poste récepteur de TSF, de marque Ducretet (1932)

Voici d’ailleurs quelques nouvelles communiquées sur ce nouveau service : « Je suis toujours encouragé du côté T. S. F. Hier encore j’étais abordé par un protestant d’origine. Il tenait à me remercier et à me dire combien il appréciait les causeries religieuses du mardi. Il m’a transmis des échos de son milieu, en particulier d’un catholique cultivé, qui découvre un protestantisme dont il ne soupçonnait pas la valeur religieuse. Sans être de l’évangélisation pure, c’est un effort qui peut préparer le chemin. Il paraît que mardi dernier la retransmission du discours de H….t, à l’heure où j’aurais dû parler, a été une déception pour quelques-uns ! 1».

« Puisserguier (Hérault). M. le Pasteur Bolle, à Béziers , nous fait part de quelques expériences, encore modestes, mais qui peuvent devenir fructueuses, de conférences religieuses par radio…. (juin 1932)

Radio-Béziers nous a ouvert gratuitement ses portes et pendant neuf mois, à peu près toutes les semaines, j’ai pu adresser un message religieux à des centaines d’auditeurs, pour la plupart inconnus.

Caractère. — Ces causeries revêtent une forme, surtout une expression aussi simple et aussi laïque que possible et essayent de traduire en langage intelligible pour des esprits les grandes vérités évangéliques. Pour les sujets, je me suis, suivant les dates, inspiré des fêtes chrétiennes ou des événements de notre vie apostolique mais, surtout, j’ai essayé sous forme d’entretien autour d’une idée directrice, d’apporter la lumière chrétienne. Par exemple : La vie, sa valeur, comment vivre, Celui qui donne sa vie. Peut-on attendre un monde nouveau? Le Christ, sa personne, son enseignement, comment le connaître ? Qu’est-ce que la foi? Les objections faites à l’Évangile et au Christ…

Résultats. — Bien que Radio-Béziers n’ait qu’une portée très régionale, nous avons pu par le moyen de son micro atteindre à la fois quelques foyers disséminés qui possèdent un récepteur et un plus vaste public que dans sa grande majorité, on ne toucherait pas par d’autres moyens.

Jusqu’ici, à part quelques exceptions, je ne suis pas entré en relations directe et suivie avec des auditeurs. Incidemment des rencontres, des propos rapportés m’ont permis de constater que les simples causeries sont régulièrement suivies et avec intérêt par un public très divers de catholiques pratiquants et d’indifférents. Une seule fois, et de manière anonyme, un auditeur m’a proposé un sujet de causerie .

Je considère cette forme de mon ministère comme un effort de «débroussaillage » évangélique qui fait connaître une forme de pensée religieuse qu’on ignore et qui détruit des préjugés ou des préventions.

C’est aussi un encouragement pour nos disséminés, ceux qui sont les plus isolés en particulier, même s’ils n’ont pas de poste et n’entendent pas leur pasteur… car ils savent que je parle, on le sait autour d’eux. Souvent ils recueillent quelques échos sympathiques ou intéressés… Il n’en faut pas davantage pour les réconforter et leur donner du cœur de 1920 à 19402 ».

(décembre 1932)

Jean-Yves Carluer

1Journal de l’Évangélisation, juin 1932, p. 151.

2Idem, 1932, p. 228 et 229, sous le titre « Une heureuse innovation »

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