Hélène Biolley -2

L’enfance d’une future évangéliste

    Léa Cécile Biolley est née le 27 août 1854 à Turin. Elle est l’aînée d’une famille qui s’agrandit rapidement. Le père, entrepreneur, possède une fonderie à Turin, la capitale du royaume de Piémont avant de devenir celle de toute l’Italie. Ses parents sont des évangéliques engagés. Le père, François Alexis Biolley (1822-1904), s’était fixé dans cette grande cité métallurgique où il avait fait venir sa cousine Henriette Anna Dubied (1830-1910), après leur mariage qui avait eu lieu dans le canton de Neuchâtel, à Couvet, le 3 mai 1853. Leur famille va comprendre au moins 7 enfants, dont Rose Marie, qui naît en 1856, très proche de sa sœur aînée Hélène, et qui l’accueillera quelques années avant sa mort à Saint-Aubin-Sauges, quand la pionnière du pentecôtisme au Havre devra se réfugier dans son pays natal, chassée par la guerre et les bombardements qui ont détruit le Ruban bleu.

 

Turin. Le marché du Ballon, le quartier où Hélène Biolley a grandi.

   Dans ses mémoires encore inédites, « Ses promesses sont certaines », Hélène Biolley relate sa petite enfance dans le quartier ouvrier du Ballon, près de Porta Palazzo, qui est devenu aujourd’hui le rendez-vous des brocanteurs, autour de la Piazza della Republica. C’est là que François Alexis Biolley avait établi la fonderie artisanale qu’il espérait développer. C’est là également que sa fille Hélène apprit l’italien auprès des autres enfants du quartier. Il semble que les affaires du père aient bien marché ces années-là, car Hélène nous apprend dans ses Mémoires que la famille avait acquis une propriété, un vieux monastère à demi-ruiné, où elle se rendait en fin de semaine, en direction de la vallée de Suse.

    Le culte protestant était alors autorisé dans les États du Piémont, mais plutôt que de se retrouver dans un temple de l’Église vaudoise italienne, les Biolley préféraient un service plus intime présidé par le père de famille en langue française. Le contact avec les Églises suisses était maintenu pendant les vacances. Les enfants se rendaient dans le canton de Neuchâtel. Hélène semble avoir été très marquée par le vibrant témoignage chrétien de sa grand-mère maternelle, Charlotte Julie Courvoisier, la veuve du « Major Dubied », Elle fit tout pour éloigner sa propre famille de l’industrie des spiritueux1.

    A l’âge de 14 ans, en 1868 donc, Hélène Biolley part poursuivre ses études à Neuchâtel, où elle est hébergée par son oncle, le banquier Dubied2, et où elle termine son instruction religieuse auprès du pasteur Abram François Pétavel (1791-1870). Ce dernier était un des derniers représentants de la génération des pasteurs du Réveil de la Suisse romande. Il terminait sa carrière couvert d’honneurs puisqu’il avait été à la fois le premier recteur de l’Académie de Neuchâtel et le fondateur de la Société des Missions de ce canton. On le considère également comme un précurseur du sionisme évangélique, qui prophétisait, avec plus d’un siècle d’avance, le rétablissement d’un état juif en Palestine3.

    A cette époque, Abram Pétavel était vu dans les Églises réformées comme un original au style assez pesant, mais son influence fut réelle sur la famille Biolley, puisque Hélène et surtout sa sœur cadette Émilie, dont nous parlerons bientôt, devinrent missionnaires,4 l’une en France, l’autre en Afrique orientale. « Il avait quelque chose d’original qui fit fuir tous les jeunes, mais je résolus de l’écouter », relate Hélène Biolley dans ses Mémoires.

    L’autre étape décisive dans le cheminement de l’appel de la future directrice du Ruban bleu du Havre est son implication en 1871 dans l’accueil des malheureux soldats de l’armée Bourbaki qui s’étaient fait interner en Suisse en passant par Couvet et le Val de Travers. Nous avons déjà noté sur ce site à quel point cet événement contribua à l’évangélisation de la France au début de la Troisième République et suscita des ministères comme celui du Neuchâtelois Frédéric Pointet. Hélène Biolley écrit à cette occasion : Avec quel serrement de cœur je vis arriver à Neuchâtel ces soldats désarmés, les membres gelés et avec quelle joie je me joignis à tous pour les soulager, leur apportant le potage fumant que leur envoyait ma tante.

Pendant trois mois nos études furent suspendues, nos collèges ayant été réquisitionnés et nous fûmes occupés à soulager ces misères innombrables.

    Pour l’heure, le problème qui préoccupe la famille Biolley est la perte progressive de ses revenus. La fonderie de Turin doit déposer son bilan. L’aînée, Hélène, se sacrifie pour des jeunes frères et sœurs et doit prendre le chemin de l’Angleterre pour s’y placer comme institutrice : «  J’étais heureuse de pouvoir enfin aider à la famille, mais au moment du départ, à genoux dans une chambre sombre, je sentis que se fermait pour moi tout ce que la vie avait de joie, de poésie et d’amour. Un gouffre immense s’ouvrait devant moi et je m’y laissai choir en disant : « Dieu », et Dieu […] m’a fait trouver le chemin hors de ces profondeurs ».

(A suivre)

Jean-Yves Carluer

1 J’avais cru un moment identifier cette aïeule en la personne de Cécile Koechlin, de Mulhouse. Il semble plutôt que cette Cécile Koechlin ait été la tante d’Hélène. La confusion provenait de ce que le major Dubied et un de ses fils portaient tous les deux les mêmes prénoms.

2Peut-être Henri Edouard ou Louis Gustave Dubied.

3Abraham François Pétavel, La Fille de Sion, ou le rétablissement d’Israël, Paris, Dentu, 1868.

4Patrick Harries, Butterflies & Barbarians, Suiss Missionnaries & Systems of Knowledge in South-East Africa, Oxford, 2007,

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