La conversion de GC Smith

Le Mouvement Béthel : des ports anglais jusqu’aux côtes de France. (1)

 La conversion de George Charles Smith, le fondateur de la Mission des marins.

Quel est le point commun entre le temple réformé de Deauville, le temple baptiste de Plougrescant, celui, anciennement méthodiste, de Lesconil et quelques autres encore sur les côtes françaises ?     Ils sont en bord de mer, me direz-vous, et vous aurez raison. Certes ! Mais ils ont porté aussi un même nom, inscrit sur leur façade : Béthel

     Le mouvement Béthel, parti de Grande-Bretagne, a touché toutes les mers du monde aux XIXe et XXe siècles, jusqu’à atteindre le littoral de France. Nous avons parlé sur ce site du Réveil religieux qui se répandit dans la marine à voile britannique lors des guerres de la Révolution et de l’Empire. Nous présentons ici le fondateur du Mouvement Béthel, Gorge Charles Smith. Un homme au destin exceptionnel[1]

     Le fils prodigue

  C G Smith Penzance   George Charles Smith naît à Londres le 19 mars 1782. Sa famille est humble : le père est tailleur. il est membre d’une paroisse indépendante. Son pasteur est Rowland Hill (1744-1833), le célèbre pasteur méthodiste-calviniste, futur fondateur de la Religious Tract Society, des premières Écoles du dimanche, et cheville ouvrière de la Société Biblique britannique et de la London Missionary Society.

    Orphelin de père à l’âge de 12 ans, G.C. Smith trouve un emploi comme commis de librairie dans le quartier des imprimeurs. Le jeune George travaille le jour et dévore des livres la nuit. « C’est là que j’ai été littéralement entraîné à mon travail actuel« , reconnaissait G.C. Smith, devenu plus tard un auteur et un éditeur prolifiques.

    Mais, comme nombre d’adolescents, le jeune homme est séduit par l’appel de l’océan et les aventures au delà des mers. Au printemps 1796, à l’âge de 14 ans, et malgré l’opposition de sa mère, il embarque sur un brick marchand américain, le Betsey, pour Boston, via le Surinam. George n’arrivera jamais à Boston. Il est raflé, comme c’était la coutume alors, lors d’une escale en Guyane, pour compléter l’équipage d’un vaisseau de guerre britannique, le HMS Scipio. Le rêve se change en cauchemar, d’autant que le jeune homme est bientôt victime de la fièvre jaune sur les côtes de la Martinique. Il en réchappe et est rapatrié sur le HMS Ariadne. A l’arrivée devant Portsmouth, le jeune matelot, qui avait pourtant connu les bas quartiers du port de Londres, est totalement choqué de voir le vaisseau envahi de prostituées et de débitants d’alcool. L’Ariadne était devenu « le plus grand enfer flottant au monde« . Le jeune homme, gravement malade est débarqué dans l’estuaire de la Tamise et laissé pour mort sur une grève de Sheerness, sans argent et sans vêtements chauds. Il réussit pourtant à survivre et à rejoindre Londres à Noël 1796.

        Au service de Nelson puis de Dieu

    L’appel de la mer est encore plus fort ! Il s’embarque cette fois comme cadet (midshipman) sur le HMS Agamemnon. Il participe pendant 5 ans aux combats de l’escadre de la Baltique, et gravit les échelons d’officier-marinier, en particulier maître d’équipage (boatswain’s mate) et devient bientôt enseigne de vaisseau. Mais si son avancement progresse plus ou moins, ce qui reste de la foi de son enfance se dilue dans l’alcool lors des bordées à terre. En avril 1801, G.C. Smith participe, sous Nelson, à la première bataille de Copenhague, comme second officier de quart sur l’Agamemnon. Le jeune homme est de nouveau frappé par la maladie, au point d’être réformé quelques semaines avant la paix d’Amiens (mars 1802). Il recouvre pourtant assez de force pour se faire remarquer dans quelques bagarres retentissantes. Il trouve un emploi comme contremaître dans un entrepôt. Malgré une vie agitée, il ne manque pas de visiter régulièrement sa pieuse mère et de fréquenter quelques services religieux.

   En mars 1803 à Reading, G.C. Smith est de nouveau sur un lit d’hôpital, à la toute dernière extrémité. Le 19 de ce mois, le jour de ses 21 ans, une infirmière, chrétienne zélée, le convainc que Dieu, non seulement peut, mais aussi veut sauver son âme.

    La conversion de George Smith, mauvais garçon connu dans la ville, est spectaculaire et définitive. « Quand il fut capable de se traîner jusqu’à la chapelle, une foule vint l’écouter raconter, du haut de la chaire, ce que le Seigneur avait fait pour son âme[2]« .

    Il semble de plus en plus évident à G.C. Smith qu’il lui faut entrer dans le ministère, plutôt que de poursuivre la carrière honorable qui semble l’attendre dans les affaires. Il rejoint une Église baptiste, étudie la théologie pendant trois années à Devonport, tout en évangélisant les marins à Plymouth, Dartmouth et Brixham. Il est consacré au ministère en 1807, et est appelé comme pasteur par la modeste congrégation de l’Octagon Chapel, à Penzance. C’est un petit port, à l’extrémité de la Cornouaille britannique, entre landes et grèves, avec pour horizon l’immense océan.

 (à suivre)

Jean-Yves Carluer


[1] La biographie de G.C. Smith a fait l’objet de plusieurs publications. La plus aboutie est le récent ouvrage de Roald Kverndal, George Charles Smith of Penzance : From Nelson Sailor to Mission Pioneer, Pasadena, William Carey Library, 2012.

[2] The New Sailor’s Magazine, 1861, p. 310.

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