1914 : « Fuyez la colère à venir » (2)

La suite de la tournée prophétique de trois évangélistes au printemps 1914.

 

     Nous poursuivons la relation du tour de France missionnaire des trois bouillants évangélistes itinérants britanniques à la veille de la guerre de Première Guerre mondiale. Ils se dirigent progressivement vers l’Espagne. Le lecteur intéressé se reportera aux articles précédents de ce blog. (http://le-blog-de-jean-yves-carluer.fr/2014/05/29/1914-fuyez-la-colere-a-venir/)

 Jean-Yves Carluer

 Entre Saint-Nazaire et Nantes…

     « Le lendemain, M. Johnson se rendit pour une semaine à Saint-Nazaire. Pendant ce temps-là, le commodore et moi avons déambulé dans la 5e ou peut-être la 6e plus grande (et catholique) ville de France. C’était le lendemain matin après le carnaval, et il y avait là une foule de têtes longues et douloureuses d’avoir trop fait la bringue. Le panneau que je brandissais portait l’inscription : « Fuyez la colère à venir ! » Je n’oublierai jamais les huées provenant de cette foule d’ouvriers en colère. De tels rassemblements, quand ils sont hostiles, deviennent très vite dangereux en France. La police intervint et nous nous sommes alors retrouvés entourés d’un service d’ordre agité et gesticulant. S’en suivit le 19e séjour au poste de police du commodore en France, mais il ne fut pas inutile. Nous avons recouvré notre liberté après que le commissaire eut constaté la qualité et la bonne présentation des Évangiles et des fascicules que nous distribuions, mais non sans avoir été avertis de ne plus annoncer la Parole, tout comme dans le livre des Actes des apôtres.

     Nous nous sommes rendus à notre tour à Saint-Nazaire où nous avons rencontré M. Cove, le fils d’un des frères dirigeants de l’assemblée de Cambridge Hall, à Kilburn (Londres). Nous avons passé le week-end avec lui. Le dimanche matin, nous avons rompu le pain au nom du Seigneur. Avant de sortir, nous avons convenu d’un signal que M. Cove nous ferait depuis le balcon du consulat britannique s’il jugeait opportun que nous retournions à l’abri. Les autorités locales nous ont demandé quelques explications quand nous sommes partis faire les distributions. Mais le fait d’avoir été les hôtes du consulat la nuit précédente a suffi à dissiper leur inquiétude.

     Nous nous sommes encore retrouvés en plein défilé du carnaval cet après-midi là. Notre cher Seigneur nous a accordé une grande liberté. Je me souviens très bien comment j’ai senti la solennelle présence de Dieu quand je marchais calmement et fermement, et que des milliers d’yeux fixaient les textes bibliques. Nous sommes certains que notre passage à Saint-Nazaire n’a pas été vain. Nous sommes retournés d’un esprit léger chez les Brooks où nous avons rejoint Johnson, qui avait auparavant rendu visite à quelques chrétiens dans les deux villes.

     Après un temps de communion dans la prière où nous avons rencontré d’autres frères de l’assemblée, puis un dernier séjour chez les Brooks, nous sommes partis de nuit pour Poitiers.

     Nous avons partagé un moment agréable avec nos voisins de compartiment. Comme d’habitude, les Français préfèrent exprimer leurs opinions plutôt qu’écouter celles des autres […]

 Les charmes du Sud-Ouest

      Nous sommes arrivés à Poitiers en retard, après un bon repos nocturne. C’est une grande ville prospère. Nous avons tout de suite créé l’événement quand nous avons commencé un service matinal en plein air. Le sujet, Jean 3-16, attira un grand nombre d’auditeurs attentifs jusqu’au moment où la police nous demanda d’arrêter. Mais un superbe arrivage de littérature nous attendait au bureau central de la poste. Nous passons habituellement dans les postes principales pour prendre livraison de nos colis de cartons à distribuer : ce sont des « cartes d’éternité » comprenant trois questions : – « Où passerez-vous l’éternité ? » – « Savez-vous que Dieu vous a aimés? » (Jean 3, 16) et -« Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché« . Nous recevions aussi des Évangiles de la Scripture Gift Mission et des tracts. Comme la poste centrale est habituellement bondée, nous avons été assaillis de demandes de nos exemplaires gratuits

     Limoges suivit. Une grande ville socialiste. Nous pensions y rencontrer des difficultés, mais il ne se passa rien. Nous avons été entourés de foules intéressées et nous avons eu de bons contacts dans les cafés.

     A Périgueux, petite ville charmante et pittoresque, nous avons croisé des soldats en manoeuvre. Nous réalisions alors si peu, et eux moins encore que nous, que nous étions à deux doigts de la Grande guerre. Les gens manifestèrent un intérêt marqué aux trois pancartes qui surplombaient nos têtes.

L'ancienne grand'poste de Bordeaux. Cliché Google

L’ancienne grand’poste de Bordeaux. Cliché Google

    Arrivés à Bordeaux, la quatrième plus grande ville de France, nous avons été accueillis par Johnson qui était parti en avance et nous avait réservé des chambres. Bordeaux nous offrit sans doute la meilleure possibilité de témoignage de notre voyage, en particulier pendant une tournée matinale de la plupart des principales rues de la ville. La foule sortit en nombre des commerces, des bazars et des marchés pour nous voir, et, partout, elle manifesta de l’intérêt et une intense curiosité. Nous avons prêché et distribué librement nos textes, mais sans quitter la poste centrale, quand nous sommes allés réceptionner les colis et les arrivages de tracts que MM. Loizeaux nous avaient expédiés. J’ai eu de très bonnes réunions de plein-air à cet emplacement. Le soir, la foule nous entourait. Combien de ces jeunes gens périrent dans la suite, parfois juste quatre mois plus tard ? Seul le Seigneur le sait.

     De Bordeaux, nous nous sommes rendus à Bayonne, une ville frontière pittoresque, où se mêlent Français et Espagnols. Nous avons pu distribuer librement aux deux nationalités par un temps agréable, et nous avons beaucoup aimé notre séjour là-bas. Nous avons visité Mlle Shallis et nous avons été encouragés.

     A ce moment là, le commodore [Salwey] reçut de mauvaises nouvelles de la santé de son épouse et fut forcé de retourner à Paris. Cependant, Dieu lui fit grâce et nous avons eu la joie de retrouver bientôt notre bien-aimé commodore, que je considérais comme le chef et leader du groupe.

 Vers l’Espagne

      Johnson avait préparé auparavant une tournée sur Lourdes, Toulouse et d’autres villes. Le commodore et moi, nous avons refusé d’abandonner cette charmante ville frontière, où nos beaux Évangiles de la S.G.M. étaient si bien acceptés à la fois par les Français et les Espagnols.

     Laissant notre frère Johnson continuer son tour de France, le commodore et moi, nous avons quitté Bayonne avec un billet circulaire de l’agence Cook pour l’Espagne. Une courte tournée, bien remplie, avec des moments mémorables et des incidents stressants, contrebalancés par la rencontre joyeuse de frères, telle est l’histoire de ces 29 jours, dans 14 villes, avec la visite de 20 postes de police espagnols ».

 (A suivre)

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