Le Havre 1842-1843

Une chapelle, enfin !

     Le 26 avril 1842, le pasteur E.N. Sawtell pouvait informer le comité de la Mission des marins de New-York que la construction avait débuté, après « une année de contretemps et de retards ». Il avait finalement trouvé et acheté un terrain sur l’espace dégagé par la destruction des anciennes fortifications.      La tâche et les choix n’avaient pas été faciles : il fallait concilier divers impératifs. Une implantation dans l’ancienne ville close était exclue, « nos moyens étant limités », écrivait l’aumônier, ce qui entraînait un sérieux inconvénient : il avait fallu s’éloigner des quais. Mais le pasteur se consolait en pensant que le calme d’un quartier neuf serait plus adapté à la solennité du culte dominical, un peu à l’écart de l’agitation d’une « cité qui profanait le Sabbat ».

L'emplacement de la chapelle américaine du Havre, rue de la Paix, dans le quartier de la rue Thiers, d'après une carte ancienne.

L’emplacement de la chapelle américaine du Havre, rue de la Paix, dans le quartier de la rue Thiers, d’après une carte ancienne.

    Il avait fallu débourser également une somme plus considérable que prévu, et le budget provisionnel était en déficit de plus de 1000 dollars avant même le début des travaux. Mais le pasteur était confiant, rassuré par ses succès antérieurs. Sérieux inconvénient, l’éloignement des bassins havrais obligeait à « maintenir ouverte notre salle de lecture confortable donnant directement sur les quais, qui serait utilisée en soirée et pour les réunions de prière de la semaine« [1]. Le contact avec les marins y serait maintenu par « notre concierge, qui est un jeune homme pieux, capable de tenir des réunions, de visiter cantonnements et navires, de distribuer Bibles et traités, d’aller chercher et rassembler en semaine les gens de mer pour les réunions de prière, et de les conduire le dimanche dans la nouvelle chapelle« . Finalement, concluait E. Sawtell, au lieu d’un seul local, « nous aurons deux lumières à briller dans cette cité sombre« . C’était bien là le problème. L’ambitieux projet du pasteur supposait un doublement du budget de fonctionnement de la station havraise au sein d’une Œuvre pour marins toujours très fragile financièrement. E. Sawtell se déchargeait enfin sur un de ses collaborateurs du lourd travail d’évangélisation des matelots en escale pour se consacrer de plus en plus aux résidents havrais qui le plébiscitaient. Je ne puis m’empêcher de penser que le pasteur, après avoir multiplié pendant plus d’un an les visites d’Églises, de comités divers et de salons de donateurs, avait un peu perdu de vue le travail sur le terrain social. De façon caractéristique, la chapelle neuve s’édifiait au pied même de la Côte d’Ingouville, le quartier où se regroupait le Gotha protestant havrais bien décrit par Philippe Manneville et Thierry du Pasquier[2]. L’évolution ultérieure de l’œuvre et le rachat de la chapelle, en 1881, par Frédéric de Coninck et les notables de la Société Évangélique du Havre, étaient déjà inscrit dans ce choix géographique.

 De brique et de pierre.

Le Havre Chapelle américaine

La chapelle anglo-américaine du Havre (The Sailor’s Magazine, 1858, p. 354).

     Pour l’heure, E. Sawtell rognait sur les dépenses. Seule la façade était en pierre de taille, le reste utilisait la brique. On avait abandonné, de même, l’édification de galeries intérieures. Mais l’aumônier ne transigeait pas sur ses principes. Il avait accordé un délai d’exécution supplémentaire à l’entrepreneur s’il s’engageait à accorder le repos dominical à ses ouvriers.

     Entre-temps, le budget avait continué à dériver et le déficit s’élevait désormais à 1500 dollars (300 livres sterling). E. Sawtell savait ce qui lui restait à faire : « Je repris sur le champ le chemin de Londres et présentais l’affaire aux pupitres de plusieurs amis chrétiens. Leurs cœurs s’embrasèrent pour former une flamme : les livres, les shillings et les pences passèrent si rapidement de leurs poches jusque dans la mienne, qu’en quelques semaines seulement je me trouvai capable de m’en retourner et de rembourser la dette. Je prêchai le sermon de dédicace le 27 novembre 1842, consacrant cette chapelle au service et à l’adoration du seul vrai Dieu vivant, Père, Fils et Saint-Esprit »[3].

    Le pasteur put jouir quelque temps du nouvel édifice. Mais déjà se profilaient de nouvelles étapes de son ministère.

« Comme à Louisville, je me disais, « maintenant, je suis installé ici pour le reste de ma vie ! ». Mais, hélas, de nouvelles tâches et des épreuves inopinées m’attendaient…« 

 (A suivre )

 Jean-Yves Carluer

[1] The Sailor’s Magazine, juin 1842, p. 324.

[2] Philippe Manneville, « Grands négociants et industriels protestants de Normandie », Les protestants dans les débuts de la Troisième République, Paris, Société de l’histoire du Protestantisme Français, 1979, p. 333-355.

[3] E. N. Sawtell, Treasured Moments, Londres, 1863, p. 93.

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3 réponses à Le Havre 1842-1843

  1. Gérard Friboulet dit :

    Bonsoir,
    Il existe une photo d’une chapelle évangélique méthodiste au Havre datée de 1925 que nous ne parvenons pas à localiser.
    Je ne peux la joindre ici.
    En auriez vous entendu parler ?
    Merci à vous.

    • Bonjour !
      Merci de votre intérêt. Je prends contact avec vous.

    • Je viens de prendre connaissance de votre courrier. A ma connaissance, il n’y avait plus de chapelle méthodiste ouverte en 1925, celle-ci s’étant rattachée à l’Église réformée. D’autres oeuvres évangéliques (baptistes en particulier) s’étaient implantées à cette époque. Je serais effectivement désireux de prendre connaissance de votre cliché.

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