1857-1861 : Le Réveil ignoré -1

Un tournant historique

     L’historien le plus connu des Réveils, le pasteur Edwin Orr, considérait que ce qui s’est passé ces années-là marque une rupture dans l’histoire du mouvement évangélique[1]. Il va même jusqu’à voir dans la série des Réveils religieux impressionnants qui marquent la fin des années 1850 le commencement d’une nouvelle ère de la foi en Occident. Sans doute ne faut-il pas être aussi catégorique. Mais de nombreux indices montrent un basculement des mentalités et des pratiques à l’intérieur du protestantisme. Les Réveils qui éclatent alors aux Etats-Unis et dans les Îles britanniques sont les plus importants du XIXe siècle. Rien de comparable n’apparaîtra jusqu’en 1901-1906.

     Le Réveil de Fulton Street en 1857 à New-York et ceux qui éclatèrent au même moment en Irlande et en Grande-Bretagne répondaient à une attente exprimée par beaucoup, à commencer par le pasteur William Arthur que nous avons présenté dans une chronique précédente. Cette recherche d’une effusion de l’Esprit était à la base de l’enseignement de Charles Finney, le plus célèbre des pasteurs d’Oberlin College, aux USA. Il avait théorisé la nécessité de Réveils fréquents et intenses.

      L’historien peut également considérer que des Réveils successifs sont des phases indispensables d’adaptation de la foi séculaire aux nouvelles réalités socio-culturelles de chaque époque. Cela a été très net en 1860. Sans de telles mises à jour, les Églises sont gagnées par la sclérose et une inéluctable anémie.

    Or la France semble être restée relativement à l’écart des grands bouleversements religieux de la fin des années 1860, du moins dans un premier temps. Mais, les années passant, l’héritage du Réveil de 1857 s’est finalement répandu au sein des strates les plus déterminées du protestantisme français.

Le temps des commencements…

    La grande vague de Réveils de la fin des années 1860 débuta de manière totalement inattendue. Le 23 septembre 1857, à midi exactement, un homme d’affaires ouvrit seul une réunion de prière au sein d’une vénérable Église presbytérienne hollandaise de New-York, située Fulton Street. Le quartier avait changé, les rangs de fidèles s’étaient éclaircis. Le conseil presbytéral avait décidé d’organiser une dernière tentative pour faire revivre le vieux temple. Il avait confié cette mission, non pas à un pasteur, mais à un laïc, Jérémie Lanphier. Après quelques semaines de recherche et d’entretiens, ce dernier eut une idée : Pourquoi ne pas inviter les hommes d’affaires, de plus en plus nombreux à New-York, à participer à un court temps de prière lors de la pause de la mi-journée ?

    A midi et demi il n’y avait encore personne. Jérémie Lanphier entendit des pas dans l’escalier. C’était un premier participant. Ils terminèrent le réunion au nombre de 6 et décidèrent de se retrouver la semaine suivante. Ils étaient 20 cette fois-là et Lanphier décida d’un rendez-vous désormais quotidien chaque midi. L’assistance alla en grandissant.

    Le 14 octobre 1857, la bourse de Wall Street s’écroula. Des milliers d’hommes d’affaires angoissés se dirigèrent vers Fulton Street, mais aussi des secrétaires, des cochers, des médecins, des postiers…

Fulton Street

Une réunion de prière, Fulton Street, à New-York en 1858

    Le Réveil de Fulton Street était atypique : Il n’y avait pratiquement pas d’encadrement pastoral. Les participants étaient dispersés dans diverses salles. Chacun pouvait prier, témoigner, intercéder, exhorter… Une seule règle : pas plus de cinq minutes ! Ce qui dominait, c’était un nouveau type de prière, loin des pompeux discours habituels. On parlait simplement à Dieu, ardemment et courtement, les larmes coulaient sur les visages et les participants se convertissaient. En janvier 1858, ils étaient 10.000, répartis dans 20 églises.

    Le Réveil de Fulton Street, appelé aussi « Réveil de la prière de midi » ou « Réveil des hommes de loi » se répandit dans tout les États du nord du pays et au Canada voisin. Il y eut 10.000 conversions à Philadelphie. Au total, un million d’hommes se tournèrent vers Dieu sur le continent américain, ces hommes qui étaient si souvent restés à l’écart de la foi chrétienne. Des ministères s’y épanouirent comme celui d’un jeune moniteur d’école du dimanche de Chicago qui s’appelait Dwight Moody. Le mouvement transcenda les diverses dénominations, même si les Églises méthodistes en furent les premières bénéficiaires. Il se heurta, par contre, au refus des communautés blanches du sud des USA de participer à un Réveil qui militait pour l’émancipation des Noirs, dans la meilleure tradition évangélique.

Une expansion mondiale

    Le télégraphe intercontinental, que l’on venait de mettre en place, transmit partout ces nouvelles, relayées par les journaux locaux. Le Réveil fit tache d’huile, avec des spécificités propres à chaque nation. En Ulster, au nord de l’Irlande, il prit des formes particulièrement spectaculaires : hommes et femmes tombaient par terre, convaincus de péché. On signala par endroits des manifestations de type charismatique comprenant la glossolalie, autrement dit le « parler en langues » des Pentecôtistes. 100.000 personnes se convertirent. William Arthur participa activement au Réveil dans les comtés d’Antrim et de Derry[2].

    Le Réveil gagna l’Écosse et secoua fortement la Cornouailles britannique ou des dizaines de milliers de vies furent changées. Il en alla de même en Angleterre, par exemple dans la région de Liverpool et à Londres où Charles Spurgeon bâtit le Metropolitan Tabernacle.

    Le Pays-de-Galles, terre classique de Réveil, ne resta pas à l’écart. Les historiens gallois estiment que le mouvement de 1859, conduit par les pasteurs Humphrey Jones puis David Morgan, dépassa en intensité celui qui eut lieu un demi-siècle plus tard, en 1905. Plus de 100.000 âmes y furent touchées.

    Et en France ?

(A suivre)

Jean-Yves Carluer

[1] J. Edwin Orr, The Second Evangelical Awakening, Marshall Morgan and Scott, 1949.

[2] William Arthur, The revival in Ulster: Ahoghill and Ballymena, 1859.

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